Poème
À un ange gardien
par François COPPÉE
Mon rêve, par l’amour redevenu chrétien, T’évoque à ses côtés, ô doux ange gardien, Divin et pur esprit, compagnon invisible Qui veilles sur cette âme innocente & paisible ! N’est-ce pas, beau soldat des phalanges de Dieu, Qui, pour la protéger, fais toujours, en tout lieu, Sur l’adorable enfant planer ton ombre ailée, Que ta chaste personne est moins immaculée, Que ton regard, reflet des immenses azurs, Et que le feu qui brille à ton front, sont moins purs, Dans leur sublime essence au paradis conquise, Que le cœur virginal de cette enfant exquise ? Ô toi qui de la voir as toujours la douceur, Bel ange, n’est-ce pas qu’elle est comme ta sœur ? Ô céleste témoin qui fais que sa pensée Par une humble prière au matin commencée Dans ses rêves du soir est plus naïve encor, N’est-ce pas qu’en voyant s’abaisser ses cils d’or Sur ses yeux ingénus comme ceux des gazelles, Tu t’étonnes parfois qu’elle n’ait pas des ailes ?
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L'air et l'inframonde ---------------- Même les ours, dans l'air, ont leur ange gardien Qui vient à leur secours, pour qu'ils fassent le bien : Mais cet ange du ciel est souvent invisible, Car il aime dormir en un jardin paisible. La lune, en inframonde, aime poser ses yeux Sur tous les promeneurs qui visitent ces lieux ; Mais parfois, elle évoque une époque en allée Qui vit au firmament sa forme immaculée. Si l'inframonde est d'or, et si l'air est d'azur, Lequel est le plus beau, lequel est le plus pur ? Chacun des deux possède une atmosphère exquise, Jamais totalement par un homme conquise.
Mélancolie du gardien ---------- Au milieu de la guerre on décide une trêve, Le gardien de la tour en est presque navré ; Il contemple le sol, en homme désoeuvré, Sa vie soudainement lui semble un mauvais rêve. Il surveille la plaine, il attend la relève, Arborant son écu vivement coloré ; Accablé de malheurs, il les veut déplorer, Brandissant vers le ciel un inutile glaive. De son entendement la lumière s’éteint, Il ne sait plus si c'est le soir ou le matin ; Il plonge en inframonde et croit y voir des anges. De tout cela s'amuse un officier moqueur, De ceux qu'aucun soldat ne porte dans son coeur ; Ainsi passent les jours de cette guerre étrange.
L’ange Kobal ---------- Je suis gardien de vos vies brèves, Pauvres humains désemparés ; Je vous aide à vous préparer Au repos dont votre âme rêve. Un dernier soleil d’or se lève, Des mots sacrés sont proférés ; Tous les morts seront transférés Vers les secteurs dont ils relèvent. Le dernier soleil d’or s’éteint, Plus de soirs et plus de matins ; L’univers en trou noir se change. Pour les perdants, pour les vainqueurs, La bienveillance est dans mon coeur ; Je vous comprends, je suis votre ange.
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