Poème
Antoine et Cléopâtre
Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse, L'Égypte s'endormir sous un ciel étouffant Et le Fleuve, à travers le Delta noir qu'il fend, Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse. Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse, Soldat captif berçant le sommeil d'un enfant, Ployer et défaillir sur son coeur triomphant Le corps voluptueux que son étreinte embrasse. Tournant sa tête pâle entre ses cheveux bruns Vers celui qu'enivraient d'invincibles parfums, Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires ; Et sur elle courbé, l'ardent Imperator Vit dans ses larges yeux étoilés de points d'or Toute une mer immense où fuyaient des galères.
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César a dit adieu à la reine égyptienne, Car il veut respecter son vrai lien conjugal ; Cléopâtre, lâchant un combat inégal, Reprend la liberté qui fut toujours la sienne. César eut ses amours, sa femme avait les siennes ; La réconciliation leur fit un sort fatal. A Vercingétorix, cet empereur tribal, La femme de César dit : « Je ne suis plus tienne ». Cléopâtre le sut et obtint du gardien De la prison d'aller lui faire un peu de bien ; Ainsi, au fier Gaulois, elle montre une épaule... Rien de plus n'est permis, en ce sombre mitard ; L'effet de la visite a duré bien plus tard : Car Vercingétorix en eut longtemps la gaule.
Arbres impériaux ---------- Ces arbres ont grandi sur la vaste terrasse, Adoucissant l’ardeur des étés assoiffants ; Sous leur ombre un penseur s’en va philosophant À propos des rapports du temps et de l’espace. Ceux-là ne craignent point la neige ni la glace Sous lesquelles je vois leurs sommets triomphants ; Ils savent consoler le vieillard et l’enfant, De tendres amoureux près d’un d’entre eux s’enlacent. Ces lieux sont fréquentés par un petit ours brun Qui de l’air forestier savoure les parfums ; Nous le voyons aussi danser dans l’aube claire. Quoi de plus apaisant qu’un grand arbre qui dort ? La dryade en rêvant peigne ses cheveux d’or, Songeant sans désespoir aux ans qui s’en allèrent.
Branches papales -------- Sous cette ramure Un pontife a fait sa sieste, Moment historique.
Chenilles ----- Leurs cocons se fixent Dans des endroits improbables, Quel aveuglement !
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