Poème
Ballet. Vénus aux Reines
Œuvres poétiques - Première partie
Lorsque je sortis de la mer Moins couverte d'eau que de flammes, La beauté qui me fait aimer, Me destina reine des âmes, Et me dit que je céderai A vos yeux qu'elle a fait mes rois. Le Soleil montrant son flambeau Par Cythère et par Amathonte, Lorsqu'il eut vu le mien si beau, Il faillit à mourir de honte; Mais vous emportez aujourd'hui L'avantage que j'eus sur lui. L'étonnement qu'il eut aux cieux Lorsque je me levai de l'onde, Je le ressens devant vos yeux, Qui sont les plus beaux yeux du monde: Astres des esprits bienheureux, Dont mes Amours sont amoureux. Mes petits Amours, mes appas, Et mes grâces les plus parfaites, Belles reines, sont-elles pas Aux mêmes places où vous êtes? Je sais que véritablement Votre cour est leur élément. Les bords de Chypre, où mon autel Autrefois en si belle estime M'avait rendu chaque mortel Tributaire d'une victime, Sont déserts à cause de vous Qui recevez les vœux de tous. Ces princes qu'un devoir d'amour Retenait en ma servitude, Lassés d'un si mauvais séjour, En ont fait une solitude, Et rendent à vos majestés Mon empire et leurs libertés. Leur cœur dégoûté de mes lois, Aussi bien que de mon visage, Demande à captiver des rois Quelque plus glorieux servage: Vous seules avez des liens Plus honorables que les miens. Vos beautés font qu'avec raison Ces princes m'ont été rebelles; Craignez la même trahison Quand vous ne serez plus si belles; Mais si c'est par là seulement, Ils sont serfs éternellement.
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