Poème
Bardes et Cordes
par Alfred JARRY
Le roi mort, les vingt et un coups de la bombarde Tonnent, signal de deuil, place de la Concorde. Silence, joyeux luth, et viole et guimbarde : Tendons sur le cercueil la plus macabre corde Pour accompagner l’hymne éructé par le barde : Le ciel veut l’oraison funèbre pour exorde. L’encens vainc le fumet des ortolans que barde La maritorne, enfant butorde non moins qu’orde. Aux barrières du Louvre elle dormait, la garde : Les palais sont de grands ports où la nuit aborde ; Corse, kamoulcke, kurde, iroquoise et lombarde Le catafalque est ceint de la jobarde horde. Sa veille n’eût point fait camuse la camarde : Il faut qu’un rictus torde et qu’une bouche morde. La lame ou la dent tranche autant que le plomb arde : Poudre aux moineaux, canons place de la Concorde. Arme blême, le dail ne craint point l’espingarde : Tonne, signal de deuil ; vibre, macabre corde. Les Suisses du pavé heurtent la hallebarde : Seigneur, prends le défunt en ta miséricorde. 1903
Commentaires (2)
Guimbardes et miséricorde -------------------------------------- D'un instrument à vent qui semble une bombarde, Je tire un aigre son qui à rien ne concorde ; Mais Jarry m'encourage aux sons d'une guimbarde Et la foule applaudit la danseuse de corde. Le centaure s'enfuit, apeuré par un barde, Courant de tous côtés en une voirie orde. Sa course, cependant, course d'arrière-garde, Ne fait guère parie des thèmes qu'on aborde ; Quand il sera perdu dans la plaine lombarde, Oublié sera-t-il, même au sein de sa horde. En vain brandira-t-il alors sa hallebarde, En vain cherchera-t-il quelque miséricorde.
"partie" et non "parie"
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