Poème
Chanson de la plus haute tour
par Arthur RIMBAUD
Oisive jeunesse A tout asservie, Par délicatesse J'ai perdu ma vie. Ah ! Que le temps vienne Où les coeurs s'éprennent. Je me suis dit : laisse, Et qu'on ne te voie : Et sans la promesse De plus hautes joies. Que rien ne t'arrête, Auguste retraite. J'ai tant fait patience Qu'à jamais j'oublie ; Craintes et souffrances Aux cieux sont parties. Et la soif malsaine Obscurcit mes veines. Ainsi la prairie A l'oubli livrée, Grandie, et fleurie D'encens et d'ivraies Au bourdon farouche De cent sales mouches. Ah ! Mille veuvages De la si pauvre âme Qui n'a que l'image De la Notre-Dame ! Est-ce que l'on prie La Vierge Marie ? Oisive jeunesse A tout asservie, Par délicatesse J'ai perdu ma vie. Ah ! Que le temps vienne Où les coeurs s'éprennent !
Commentaires (2)
Pourquoi s'inquiéter De l'oisiveté ? Si le coeur s'inonde De la joie du monde, C'est alors le temps Où ce coeur s'éprend.
Pagode ------- Un édifice au loin se dresse, Un démon dans son sous-sol vit ; C’est lui qui les âmes ravit, Qui les dérobe avec adresse. Jadis, il eut de la tendresse, Lui qui la vestale suivit ; Mais, comme il en fut asservi, Son coeur a maudit la traîtresse. En vain lui parla Notre Dame Pour tenter d’apaiser son âme ; De tout amour il était veuf. Prends donc garde à cet être louche ; Il t’assommera, s’il te touche, Comme un boucher assomme un boeuf.
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