Poème d’un membre
Chevalier
par ATOSMembre
J'attends que coule sur mon front Une larme bleue, L' huile chaude et lourde à l'odeur d'un corps. L'onction qui bénira mes pas et mon carquois A genoux J'attends qu’apparaisse le renoncement du choix. J'attends que sur ma nuque un fil bleu dessine la marque indélébile qui ne me confondra pas. L'oraison de mes gestes dans l'ombre d'un cierge. J'attends que mille ans me reviennent L'ordre des justes, le silence de l'instant, Le souffle de la Lumière, J'attends. Les bras en lierre sur mon torse Le regard déposé en offrande J'attends. J'attends Que l'on me nomme Que me revienne l'écho de ma terreur Que l'on me somme de lever mon bras Que je me révèle glaive, flèche et lance. Qu'il me soit ôté le doute et l'effroi Que l'on me dévête Que l'on me pare. Que je devienne soldat . Moi qui n'entends plus la parole des rois Moi qui ne comprend plus les mots de leurs lois J'attends. J'attends sur la dalle du temple. Mais je n'entends que le battement de ce sac. Je ne vois que mes mains qui tremblent Je ne sens que ma sueur qui glace les os. Je n'ai plus le goût de cet instant. Moi qui me rêvais pieux chevalier Je ne livrerais aucune bataille. Je suis la main de ce carnage Je ne suis qu'un assassin. J'attends, à genoux Devant les restes du temple, Que l'on me somme de lever les mains. J'attends que pénètre dans mon front une larme bleue et que coule l' huile rouge et chaude de la mort. Le silence de l'instant Le fracas de la lumière. Ce matin, Les bras en croix sur la dalle Je suis mort Pour rien.
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