Poème
Eponge pourrie
par Jules LAFORGUE
Je sens que j'ai perdu l'Art, ma dernière idole, Le Beau ne m'émeut plus d'un malade transport, Maintenant c'est fini, car avec l'Art s'envole Cette extase où parfois le noir Dégoût s'endort. Trente siècles d'ennui pèsent sur mon épaule Et concentrent en moi leur rage, leur remord, Mes mains ont désappris le travail qui console, Pas un jour où, tremblant, je ne songe à la mort. Et je vais enviant l'lnstinct des multitudes, Je me traîne énervé d'immenses lassitudes, Altéré de néant et n'espérant plus rien. Pourtant tu bats toujours, cœur que le Spleen dévore! Si tu pouvais, du moins, en retrouver encore De ces larmes d'enfant qui me font tant de bien!
Commentaires (2)
Chansons d'hier ------------------- Reviennent les chansons entendues à l'école, Dont, derechef, mon âme éprouve des transports. Le grand Hymne à la joie vers l'horizon s'envole Et, près de l'Océan, la Bretagne s'endort. Compère Guilleri se fait arboricole, Le Père Lustucru vole un chat, sans remords ; La bergère rencontre un gars qui la console, Malbrouck a des soldats pour annoncer sa mort. Chansons, vous qui avez charmé les multitudes, Vous qui avez vaincu de lourdes lassitudes, J'aime vos constructions bâties sur trois fois rien. Les ombres du passé, que vos vers commémorent, Le soir en mon jardin viennent danser encore ; Toujours les mêmes mots ; et c'est clair, et c'est bien.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2014/05/19/chansons-dhier/
Connecte-toi pour laisser un commentaire.