Poème
Eve sans trève
par Jules LAFORGUE
Et la Coiffure, l'Art du Front, Cheveux massés à la Néron Sur des yeux qui, du coup, fermentent; Tresses, bandeaux, crinière ardente; Madone ou caniche ou bacchante; Mes frères, décoiffons d’abord! puis nous verrons. Ah! les ensorcelants Protées! Et suivez-les décolletées Des épaules; comme, aussitôt, Leurs yeux, les plus durs, les plus faux Se noient, l'air tendre et comme il faut Dans ce halo de chair en harmonies lactées..... Et ce purgatif : Vierge hier, Porter aujourd'hui dans sa chair, Fixe, un Œil mâle, en fécondée! L'âme doit être débordée! Oh! nous n'en avons pas idée! Leur air reste le même, avenant et désert.... Avenant, Promis et Joconde! Et par les rues, et dans le monde Qui saurait dire de ces yeux Réfléchissant tout ce qu'on veut Voici les vierges, voici ceux Où la Foudre finale a bien jeté la sonde. Ah! non, laissons, on n'y peut rien. Suivons-les comme de bons chiens Couvrons de baisers leurs visages Du moment faisons bon ménage Avec leurs bleus, leurs noirs mirages Cueillons-en, puis chantons: merci c'est bien, fort bien...
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