Poème
Gris-Blanc de sentiment à pic excavé...
par Paul CELAN
Gris-Blanc de sentiment à pic excavé. Vers l’intérieur des terres, jusqu’ici balayé par le vent le seigle-de-mer souffle des motifs de sable sur la fumée de chants de fontaine. Une oreille, séparée, écoute. Un oeil, coupé en bandes, rend justice à tout cela.
Commentaires (4)
Soleil gris ------- Cet astre n’a qu’un tiède feu, Timide et faible est sa lumière ; Son grand corps retourne en poussière, Il s’illumine comme il peut. Il est faible, car il est vieux, Bientôt s’éteindra sa chaudière ; Il rejoindra le cimetière, Il dormira, ça vaudra mieux. Il s’essouffle, sa vie s’envole, Il ne dit aucune parole ; Il part, sans la grâce de Dieu. Il se souvient de ses ivresses, Du plaisir qu’il eut dans les cieux ; Il reste roi de sa détresse.
... et producteur d'hélium.
Loup gris -------- Je n’ai pas une âme vassale, Moi qui fais ma vie en solo ; Le temps m’emporte dans son flot, Le vent sur moi souffle en rafales. J’ai pour amante une cavale Qui vers moi rapplique au galop ; Son ex est un vieux cachalot Que lui a pris une rivale. Je ne suis pas un loup de mer ; Ma vie est terrestre, c’est clair, Prosaïque sans être morne. Parmi mes ancêtres lointains Figurent des bêtes à cornes Avec de jolis noms latins.
Âne gris ---- Ma vie n(est pas originale, Car je suis un être falot ; Je me laisse aller dans le flot De mon existence banale. Je n’ai séduit nulle cavale Je suis trop pris par mon boulot Je ne me plains pas, c’est mon lot, C’est ma pente que je dévale. J’entends la rumeur de la mer, C’est un son qui n’est pas amer ; Cette mer n’est pas la Mer Morne. Je vois des horizons lointains ; Un berger souffle dans sa corne, C’est sa prière du matin.
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