Poème
Il faut que le poëte, épris d'ombre et d'azur
par Victor HUGO
Il faut que le poëte, épris d'ombre et d'azur, Esprit doux et splendide, au rayonnement pur, Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent, Chanteur mystérieux qu'en tressaillant écoutent Les femmes, les songeurs, les sages, les amants, Devienne formidable à de certains moments. Parfois, lorsqu'on se met à rêver sur son livre, Où tout berce, éblouit, calme, caresse, enivre, Où l'âme, à chaque pas, trouve à faire son miel, Où les coins les plus noirs ont des lueurs du ciel; Au milieu de cette humble et haute poésie, Dans cette paix sacrée où croît la fleur choisie, Où l'on entend couler les sources et les pleurs, Où les strophes, oiseaux peints de mille couleurs, Volent chantant l'amour, l'espérance et la joie; Il faut que, par instants, on frissonne, et qu'on voie Tout à coup, sombre, grave et terrible au passant, Un vers fauve sortir de l'ombre en rugissant! Il faut que le poëte, aux semences fécondes, Soit comme ces forêts vertes, fraîches, profondes, Pleines de chants, amour du vent et du rayon, Charmantes, où soudain, l'on rencontre un lion. Paris, mai 1842.
Commentaires (3)
N'écris pas trop limpide, écris comme un vivant. Trouble soit ta chanson, puisque la vie est telle. Sache surtout que nulle amour n'est éternelle, Même si ton surmoi trouve ça décevant, * La vie est un enfer. D'accord, c'est énervant. Elle n'est, pour autant, chaque jour si cruelle ; L'horreur de certains soirs est une horreur partielle. Nous voyons le poète, en de tels cas, trouvant * Dans ces sursauts d'espoir, matière à narration, Mais le malheur aussi est une inspiration. N'écris pas que la vie est toujours infernale, * Ce n'est pas ta mission. Montre, dans le lointain, Comment prend consistance un bonheur incertain Fait de douce lumière et de saveurs banales.
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Lion d’azur insouciant ------------------------ Il ne croit pas au Dieu de l’Ancien Testament, N’en pense même rien, mais honore quand même Le fils du charpentier, on peut dire qu’il l’aime, Lui dont le petit livre est plus beau qu’un roman. C’est un fauve sans haine et sans rugissements, Amateur de boisson, savourant des poèmes Sous le soleil ardent et sous la lune blême ; Le désert est pour lui un parfait logement. Il n’a jamais souffert d’une ardeur militante, Ni jamais prononcé de phrases éclatantes, Ni jamais massacré la gazelle aux beaux yeux ; Il aime se baigner dans une eau rafraîchie ; Il aime aussi peigner sa crinière blanchie Et rire de sa vie à la face des cieux.
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