Poème d’un membre
La caille
par ATOSMembre
Dedans, tout est nuit. Le ciel fracasse la voûte du silence. L'ombre brûlante des substances S'unit à l'âme grise des nuages. Les saules baissent leurs faîtes. Ils livrent le passage,et viennent se soumettre. Rien à présent n'arrêtera la marche de la plaine. Dehors est en furie. Des vents impossibles s'attaquent aux murs de ta Raison Plaintes en voliges, torsions des poutres massives, Martèlement sur tôles grises, volets en soupir, La gueule des nuages arrache les solives. Les trombes salivent. Dehors convulse en extase. Ta raison est en sursis. Le dedans invente et suppose. La pierraille récite le chapelet du songe. La puissance du dehors sape et menace. Dehors recrache son attente, Entrée soudaine en faille par les rides d'une muraille. Cède raison! Cède donc! Cède aux tempêtes ,et à l'orage! A toute cette boue qui dévale et qui avale. Cède raison! La plaine éventrera portes et fenêtres! Le très loin se déchaîne, Haletant , il accourt en furie. L'if enlace le chêne, Le fleuve bascule dans un ravin de pleurs Dehors plus rien ne voudrait vivre encore. Dedans, à la lumière, communie. Il ne restera rien, Raison, Rien de ce que tu nommais bon. Cède donc puisque cette nature égorge l'horizon! Écoute! , Sur les flancs des coteaux , Les ténèbres se livrent au carnage Les belles en saisons se sont enfuies La peur au fond de leur ventre de caille. Mais tu tiens, Raison Et tu veilles que rien ne vaille. Et tu tiens, plantée en déraison. Le sursaut de ton souffle est le fer de cet assaut Il n'est d'enfer idéal, Raison, Que dans ce combat inégal. Tu ne redoutes pas, Tu ne trembles pas. Tu ne sembles même pas. L'âtre humide par ses volutes fantômes Te murmure que cette pluie ne cessera jamais. Que t'importe Raison, Le froid est si peu de chose... La faim elle même cesse de mendier. Cette lumière te dit ton nom. Ainsi tu lui réponds. Ça chuinte et ça bouillonne Ça frappe, claque et s'entrechoque, La plaine exige que tu te rendes! Elle vient prendre le peu qu'il te restait encore. Cède Raison! Cède donc! Pour l'amour de la constance de cette folie, Et de toutes ces morales pétries. Au nom de ces tessons qui te meurtrissent ! Raison!... Ce vent nous rumine sans cesse Et nous rejette bien trop fous. Tu le savais , Raison,... Que tant bien que mal Ne suffirait pas à ouvrir les portes de ta maison. Mais le temps t'éveille Il lui reste cette faim que lui a donné le jour. Tes doigts agrippent ses cheveux Tu fixes tout son bleu de ton mieux. Le vent s'arrête et s'ébroue. Ruisselant, Il semble t'observer A la croisée des chemins qu'en cette nuit Il lui plaisait tant de trousser. Il se ramasse sur la plaine. Il traîne son nimbe de glaise , La plaine se découvre transie Le fleuve lui ouvre son lit. Le chemin s'écoule vers le ciel. Il a du pleuvoir cette nuit. Paru dans le recueil NanterrePoévie -2013 - ("La Fête" suivi de tous nos rêves, de l'illusion à l'utopie") Extrait du recueil "Ynys Avallach", Les éditions du Littéraire - La bibliothèque de Babel juin 2014 - ISBN-13 : 978-2919318223
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