Poème
La Pipe au poète
par Tristan CORBIERE
Je suis la Pipe d’un poète, Sa nourrice, et : j’endors sa Bête. Quand ses chimères éborgnées Viennent se heurter à son front, Je fume… Et lui, dans son plafond, Ne peut plus voir les araignées. … Je lui fais un ciel, des nuages, La mer, le désert, des mirages ; – Il laisse errer là son œil mort… Et, quand lourde devient la nue, Il croit voir une ombre connue, – Et je sens mon tuyau qu’il mord… – Un autre tourbillon délie Son âme, son carcan, sa vie ! … Et je me sens m’éteindre. – Il dort – . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . – Dors encor : la Bête est calmée, File ton rêve jusqu’au bout… Mon Pauvre !… la fumée est tout. – S’il est vrai que tout est fumée… Paris. – Janvier.
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