Poème
La tige d'oeillet
par Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Éros m'a frappé d'une tige molle D'oeillets odorants récemment cueillis Il fuit à travers les sombres taillis, À travers les prés il m'entraîne et vole. Sans une onde vive où me ranimer, Je le suis, je cours dès l'aube vermeille ; Mes yeux sont déjà près de se fermer, Je meurs ; mais le Dieu me dit à l'oreille : - Oh ! le faible coeur qui ne peut aimer ! -
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Désinvolture ------------- Éprouvant soudain une ivresse molle, Leconte de Lisle, en un vert taillis, Goûte des plaisirs récemment cueillis. Son esprit s"enflamme et son grand coeur vole, C'est son jeune temps qu'il a ranimé. Ah, noble rhapsode à trogne vermeille, Le livre d'Eros n'est jamais fermé ; Que Bacchus y joigne un air de sa treille, Tu ne dis pas non, barde bien-aimé.
Fleur sans pourquoi --------- La fleur, loin des jardins, fleurit pour elle-même, Elle ignore jusqu’à son petit nom latin ; Elle n’entend jamais l’Angélus du matin Ni n’a jamais reçu la grâce du baptême. Cette fleur n’a jamais de sentiments extrêmes, Elle est indifférente à son propre destin ; Tu ne la verras pas aux tables des festins, Car la sobriété, c’est sa vertu suprême. Elle fut admirée d’un philosophe hindou, Un honorable ascète, un homme simple et doux ; Auprès d’elle il pria, lissant sa barbe grise. Ensuite il regagna sa modeste maison, Car il devait cueillir les fruits de la saison ; Mais de la fleur longtemps son âme fut éprise.
Pourquoi sans fleur _______ La métaphysique N'a pas besoin de la rose Ni d'aucune fleur.
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