Poème d’un membre
La veuve
par ATOSMembre
« Il se peut qu'on s'évade en passant par les toits On dit que la Guyane est une terre chaude » Jean GENET- Le condamné à mort. À Maurice Pilorge Que viennent les mots ! Certains, tranchants, nets. Les mots fébriles, sublimes, Purs, et inutiles. Les mots étincelants, Les mots sanglants Le cri violent de la Divine Qui rejette ses voiles. Puisqu'en ces lieux On égorge, on échaude, on éventre, Puisque que se dire devient inconcevable Puisque devenir devient redoutable. Que les beaux pages maudits filent l'écluse des roses Jusqu'au terril du dénis. Alors qu'approchent les mots ! Rôdeurs et maraudeurs, Insupportables, Impardonnables, Les mots chauds, et si lourds, librement inconvenants, Des mots qui tiendront Place Des mots voluptueux, Qui enserrent Qui échappent qui courent et qui renversent Des mots d'ivresse Enveloppant l'aurore Outranciers et légers Des mots d'or et de merveilles Fer blanc posé sur nos silences Les mots sévères et lumineux, Au torse nu, aux hanches bandées, Élégants, troublants A l'odeur de nos secrets Amant de la peur Frère de fureur Qu'ils murmurent au cœur de la blanche Extase. Qu'ils mentent Qu'ils nous plaquent, Qu'ils nous caressent et nous bercent. Les mots saillants, brillants, humides et brûlants qu'ils viennent battre nos ventres et colorer nos cœurs. Que les mots entrent et qu'ils arrachent le temps Qu'il fassent trembler nos pas Ces mots impossibles, incongrus, Ces mots justes, goûtant nos bouches Ces mots aussi bleus qu'une larme Les mots âcres et sures Arrachés aux rivages perdus Volutes de nos tristes dérives, Les mots en constant équilibre sur toi Traversant les murs de leur cité, Embrassant par la force la Divine étonnée Et recueillant ton sourire amusé. Ces mots venus te fêter. Ces mots si beaux, Fauves et féroces, Qu'ils viennent ! Que l'encre pénètre l'océan de cet amour ! Puisque demain verra le jour Que nous ne connaîtrons jamais.
Commentaires (2)
Merci pour ce chant aux mots de nos maux.
Merci à GENET d'avoir fait de l'enfer...un si bel enfer.
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