Poème
La Vie
par Émile VERHAEREN
Il faut admirer tout pour s'exalter soi-même Et se dresser plus haut que ceux qui ont vécu De coupable souffrance et de désirs vaincus : L'âpre réalité formidable et suprême Distille une assez rouge et tonique liqueur Pour s'en griser la tête et s'en brûler le coeur. Oh clair et pur froment d'où l'on chasse l'ivraie ! Flamme nette, choisie entre mille flambeaux D'un légendaire éclat, mais d'un prestige faux ! Dites, marquer son pas dans l'existence vraie, Par un chemin ardu vers un lointain accueil, N'ayant d'autre arme au front que son lucide orgueil ! Marcher dans sa fierté et dans sa confiance, Droit à l'obstacle, avec l'espoir très entêté De le réduire, à coup précis de volonté, D'intelligence prompte ou d'ample patience Et de sentir croître et grandir le sentiment D'être, de jour en jour, plus fort, superbement. Aimer avec ferveur soi-même en tous les autres Qui s'exaltent de même en de mêmes combats Vers le même avenir dont on entend le pas ; Aimer leur coeur et leur cerveau pareils aux vôtres Parce qu'ils ont souffert, en des jours noirs et fous, Même angoisse, même affre et même deuil que nous. Et s'enivrer si fort de l'humaine bataille - Pâle et flottant reflet des monstrueux assauts Ou des groupements d'or des étoiles, là-haut - Qu'on vit en tout ce qui agit, lutte ou tressaille Et qu'on accepte avidement, le coeur ouvert, L'âpre et terrible loi qui régit l'univers.
Commentaires (3)
Un joyeux barde écrivit sur lui-même, Sur ce qu'il fit et sur ce qu'il vécut, Sur les malheurs qui parfois l'ont vaincu, Et sur ses lois et principes suprêmes. Bien fréquemment, il a l'air d'un moqueur, Mais sans jamais parler comme un truqueur. D'autres rimeurs ont récolté l'ivraie Au clair de lune, ou sous mille flambeaux. Mais lui ne sait moissonner à la faux, C'est un glaneur vêtu de larges braies Qui de l'auberge attend le simple accueil Sans se presser, sans un gramme d'orgueil. Faire à chacun totale confiance, Être obstiné, mais sans être entêté, Et n'imposer jamais sa volonté : Ce sont les trois formes de patience Qui ont guidé esprit et sentiment De ce chercheur, progressant sobrement. S'imaginer dans le regard des autres, Fort bien s'armer, fuyant tous les combats, Tester le sol, surtout, à chaque pas : Ce sont les trois prudences qui sont nôtres, Ces six moyens sont sagesse de fou, Si vous voulez, vous ferez comme nous. Un érudit voulut livrer bataille À ce vieux texte, et passer à l'assaut. Notre cher Maître est parfois un peu sot. Il est confus, il bafouille, il tressaille, On sent qu'il est loin d'avoir découvert La grande loi qui régit l'univers.
La sottise fait de l'homme sa faiblesse, La faiblesse fait de l'homme sa nature La nature fait de l'homme sa paresse ? La paresse fait de l'homme sa parure La parure fait de l'homme sa force ? La force fait de l'homme sa .... Le maître est sot alors il n'est pas maître, L'homme n'est pas parfait S'il était parfait - L'homme se serait plus rien -
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/11/06/fragments-dun-manuscrit-perdu/
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