Poème
02 - Le fruit sur l'arbre prend sa fleur, et puis se nouë... [XI à XX]
par Pierre MATTHIEU
Tablettes de la Vie et de la Mort - Première partie
XI. Le fruit sur l'arbre prend sa fleur, et puis se nouë, Se nourrit, se meurit, et se pourrit enfin : L'homme naît, vit et meurt, voila sur quelle rouë Le temps conduit son corps au pouvoir du destin. XII. Cette vie est un arbre, et les fruits sont les hommes, L'un tombe de soi-même, et l'autre est abattu, Il se dépouille enfin des feuilles et des pommes, Avec le même temps qui l'en a revêtu. XIII. La vie est une table, où pour jouer ensemble On voit quatre joueurs : le temps tient le haut bout, Et dit passé, l'Amour fait de son reste et tremble, L'homme fait bonne mine, et la Mort tire tout. XIV. La vie que tu vois n'est qu'une Comédie, Où l'un fait le César, et l'autre l'Arlequin : Mais la Mort la finit toujours en Tragédie, Et ne distingue point l'Empereur du Faquin. XV. La vie est une guerre étrangère et civile, L'homme a ses ennemis et dedans et dehors : Pour conserver le sort, la Mort abat la Ville, Et pour sauver l'esprit elle détruit le corps. XVI. Le Monde est une mer, la Galère est la vie, Le Temps est le Nocher, l'espérance le Nort, La Fortune le vent, les Orages l'envie, Et l'Homme le forçat qui n'a port que la Mort. XVII. Volontiers je compare au Parlement le Monde, Où souvent l'équité succombe sous le tort, Où sur un pied de mouche un incident on fonde, Et où l'on ne peut rien contre un Arrêt de mort. XVIII. Le monde est de l'humeur d'une belle maîtresse, Qui fait plus de jaloux qu'elle ne fait d'amis. Elle dédaigne l'un et l'autre elle caresse, Et ne tient jamais rien de ce qu'elle a promis. XIX. La saveur de la vie est la Sphère de verre, Où Archimède mit les Astres et les Cieux, Aussi belle que frêle, un léger coup de pierre Ôta tout le plaisir qu'elle donnoit aux yeux. XX. Cet honneur t'altérant d'une soif d'hydropique, En pensant l'avaler t'étrangle bien souvent: C'est un ballon enflé, la Mort vient et le pique, Et te fait confesser que ce n'est que du vent.
Commentaires (2)
c super jolie quoi que un peu famillier sur certains passage mais au combien vrai; Bravo!!
Eve et Lilith auprès de l’arbre ----------------------------- Nous avons pris ces deux fruits délectables, C’était surtout pour connaître leur goût ; Que l’Éternel nous épargne ses coups, S’il peut, du moins, se montrer charitable. Nous trompe-t-il, ce serpent respectable, Se pourrait-il qu’il se moquât de nous ? Son oeil est vif et son langage est doux, Cet animal n’a rien de redoutable. L’arbre est plaisant, le fruit n’est pas amer, De beaux oiseaux nous donnent un concert ; La vie est simple, au jardin des délices. Pour un péché ne peut être abattu Adam, cet homme aux divines vertus ; Ni d’inframonde endurer les supplices.
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