Poème d’un membre
La vieilles et le vieux abandonnés
par MokhtarElAmraouiMembre
Tous quittent la vieille et le vieux : Leurs enfants, Leurs parents, Leurs amis ! Personne ne les comprend plus, Quand ils sourient ! Plus personne ne les prend Au sérieux Ni dans ses bras Qui disent tout bas « Bientôt, bon débarras, horribles vieillots ! Pourvu que ce soit le plus tôt ! » On pense que c’est une grimace De limace endolorie, Quand ces deux malheureux rient ! S’ils appellent, Pour aller aux nouvelles, Le téléphone sonne Mais pour seule réponse effroyable, Ils reçoivent, interminable, Le silence qui résonne ! Ça étonne tant d’impitoyables Cyniques personnes ! Que ces lambeaux Sans flambeaux Se rappellent encore Les noms et les numéros ! Tout quitte les deux misérables : Leur force, Leurs corps ! Les ports de leurs vieux rêves Et les bateaux sans trêve Larguent, narguent De leurs hautaines sirènes Ceux qui furent du foyer le roi et la reine Les abandonnant tout frissonnants sans radeau Sur les quais trembleurs des froids échos Sous l’écrasant fardeau des ans et tant de peine Mais pourquoi donc toute cette haine ? Les avions, les voyages Et les aéroports d’un autre âge, D’avant leur naufrage, Les quittent, leur tournant le cap Pour d’autres altitudes, Vers d’autres latitudes torrides, Les laissant froids froissés sombrer Dans la lourde fatigue qui sape Et les interrogations hébétées De leurs tristes rides ! Et la mort, En prédateur des dernières heures, Agitant ses cercueils et linceuls, Les sachant seuls, Les invite à franchir son seuil Pour qu'elle les cueille Et jette dans sa fosse à vers voraces Comme des feuilles sèches et lasses! Les lourds nuages attristés Par tant d’ingratitude Les regardant éplorés Dans leur tragique solitude Crachent leurs colère et mépris Sur ces lâches traîtres maudits Ces prétendus enfants, parents et amis Qui cachent sous le miel De leurs comédies En d’horribles monstres sans cœurs Leur joie et l’amer fiel De leurs mesquineries Face à tant de douleurs ! Inconsolables, les nuées Offrent leurs incessants pleurs A cette vieille et ce vieux dénués Qui, désespérés, lentement se meurent. ©Mokhtar El Amraoui in «Nouveaux poèmes»
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