Poème
Laisser-courre
par Tristan CORBIERE
Musique de : Isaac Laquedem. J'ai laissé la potence Après tous les pendus, Andouilles de naissance, Maigres fruits défendus ; Les plumes aux canards Et la queue aux renards... Au Diable aussi sa queue Et ses cornes aussi, Au ciel sa chose bleue Et la Planète – ici – Et puis tout : n'importe où Dans le désert au clou. J'ai laissé dans l'Espagne Le reste et mon château ; Ailleurs, à la campagne, Ma tête et son chapeau ; J'ai laissé mes souliers Sirènes, à vos pieds ! J'ai laissé par les mondes, Parmi tous les frisons Des chauves, brunes, blondes Et rousses... mes toisons. Mon épée aux vaincus, Ma maîtresse aux cocus... Aux portes les portières, La portière au portier, Le bouton aux rosières, Les roses au rosier, À l'huys les huissiers, Créance aux créanciers... Dans mes veines ma veine, Mon rayon au soleil, Ma dégaine en sa gaine, Mon lézard au sommeil ; J'ai laissé mes amours Dans les tours, dans les fours... Et ma cotte de maille Aux artichauts de fer Qui sont à la muraille Des jardins de l'Enfer ; Après chaque oripeau J'ai laissé de ma peau. J'ai laissé toute chose Me retirer du nez Des vers, en vers, en prose... Aux bornes, les bornés ; À tous les jeux partout, Des rois et de l'atout. J'ai laissé la police Captive en liberté, J'ai laissé La Palisse Dire la vérité... Laissé courre le sort Et ce qui court encor. J'ai laissé l'Espérance, Vieillissant doucement, Retomber en enfance, Vierge folle sans dent. J'ai laissé tous les Dieux, J'ai laissé pire et mieux. J'ai laissé bien tranquilles Ceux qui ne l'étaient pas ; Aux pattes imbéciles J'ai laissé tous les plats ; Aux poètes la foi... Puis me suis laissé moi. Sous le temps, sans égides M'a mal mené fort bien La vie à grandes guides... Au bout des guides – rien – ... Laissé, blasé, passé, Rien ne m'a rien laissé...
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Cornes et plumes ---------------- Cornes et plumes dansent, Animaux détendus ; Gens de bonne naissance, Sages, bien entendu. La douceur dans les veines, Le visage au soleil, Entendant la rengaine Des oiseaux de l'éveil. L'étoile en un ciel vide Symbolise le Bien ; Sera-t-elle un bon guide ? Pour moi, je n'en sais rien.
Dame cathare ------ Dans le manichéisme a grandi cette dame, Un Maître pour le Bien, un pour le Mal aussi ; Un binôme au pouvoir, ce n'est pas un souci, Cela ne trouble pas la candeur de cette âme. Ève comme Lilith, l'une et l'autre sont femmes, Le serpent mêmement les tient à sa merci ; L'Alpha et l'Oméga ont un rôle précis, Tissant de l'univers la rigoureuse trame. De l'Olympe sacré les dieux se sont enfuis, À l'état de musées leurs temples sont réduits ; Ils n'ont plus de valets, il n'ont plus de servantes. La dame est sans égards pour les prêtres qui mentent, Car leur Unité Triple est abracadabrante ; Le Vatican pourra se la garder pour lui.
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