Poème
L'Automne
par Renée VIVIEN
L’Automne s’exaspère ainsi qu’une Bacchante Ivre du sang des fruits et du sang des baisers Et dont on voit frémir les seins inapaisés... L’Automne s’assombrit ainsi qu’une Bacchante Au sortir des festins éclatants et qui chante La moite lassitude et l’oubli des baisers. Les yeux à demi clos, l’Automne se réveille Et voit l’éclat perdu des clartés et des fleurs Dont le soir appauvrit les anciennes couleurs... Les yeux à demi clos, l’Automne se réveille : Ses membres sont meurtris et son âme est pareille A la coupe sans joie où s’effeuillent les fleurs. Ayant bu l’amertume et la haine de vivre Dans le flot triomphal des vignes de l’été, Elle a connu le goût de la satiété. L’amertume latente et la haine de vivre Corrompent le festin dont le monde s’enivre, Etendu sur le lit nuptial de l’été. L’Automne, ouvrant ses mains d’appel et de faiblesse, Se meurt du souvenir accablant de l’amour Et n’ose en espérer l’impossible retour. Sa chair de volupté, de langueur, de faiblesse, Implore le venin de la bouche qui blesse Et qui sait recueillir les sanglots de l’amour. Le cœur à moitié mort, L’Automne se réveille Et contemple l’amour à travers le passé... Le feu vacille au fond de son regard lassé. Dans son verger flétri l’Automne se réveille. La vigne se dessèche et périt sur la treille, Dans le lointain pâlit la rive du passé...
Connecte-toi pour laisser un commentaire.