Poème d’un membre
Le départ de l'oiseau-poisson
par MokhtarElAmraouiMembre
A la mémoire du vaillant Nasser Zaouali, plongeur corailleur (5/4/1961-23/6/1986) que la mer nous a ravi Le sel de mes larmes, ce matin, Se mélange à celui glacé de la mer. Ce bleu linceul, Qui t’a pris dans ses rais de verre, Se referme à toutes ces mains qui t’appellent ! Rêveur vêtu d’algues, De proues Et d’atolls flamboyants, Tu fouillais, de tes mille doigts d’enfant amusé, Cet écrin du monde Où le monde, en lumière, toujours, se disait Et tu oubliais, mon frère, Qu’un cerbère assoiffé de sang et rusé T’attendait, Te guettait, Juché là, Phasme d’entre les rochers, Soudoyant Caron le vieux nocher, Se faisant, tantôt pieuvre, Tantôt méduse, Tantôt hippocampe Et souvent raie. Tu riais, t’amusant avec ce lâche Protée Qui aiguisait ses dards, Ses harpons Et te tendait ses obscurs filets. Te déployant en brasses émerveillées, Tu dépliais ces feuilles scintillant d’eau, d’écailles et de nacre. Emporté par le courant de ce si lourd livre des mers, Tu ne pouvais savoir que tu en étais déjà la plus belle des pages Ajoutée à celle de tant de rêves, d’épopées et de naufrages. Ce soir, me parviennent de toi, du fond des coquillages, Ces contes que déclament les mères à leurs enfants éblouis Par ta beauté, ta bonté, ton courage et tes défis. Même l’air, pour toi, avait plein d’attrait. L’envergure de tes ailes en dévoilait tous les secrets. En s’ouvrant, elles t’ouvraient les abysses du ciel Et, narquois, tu narguais la lâche pesanteur. Enfant de plumes et de palmes, Oiseau-poisson aux écailles de lune, Ton sourire amphibie, de corail allumé, Souffle, du revers de la main, Mes bougies de pleureur affalé, Me conviant à moquer, Partout et toujours, la mort et ses stupides forfaits Pour oublier cette interminable nuit Où les étoiles, en trébuchant, s’éteignaient De t’avoir tant pleuré ! Même les phalènes, Toutes frémissantes Dans leur frêle agonie, Ne cessaient de te réclamer ! Nasser mon frère, mon frère Nasser ! Enfant de plumes et de palmes, Auguste habitant des mers et de l’Ether !
Connectez-vous pour laisser un commentaire.