Poème
Le Panier renversé
par Raymond RADIGUET
(Histoire de France) La vie est sommeil dont nous tire La mort, par les pieds, les cheveux Exauçant mes timides vœux Comme c’est gentil à vous, reine, D’avoir voulu, vous, en personne, M’entr’ouvrir du parc de Versailles La porte, avec la clef des songes. Pour me faire à nouveau plaisir Roulez-vous sur votre gazon Dont le peuple jaloux disait Qu’en même temps que vos moutons Le coiffeur royal le frisait ! Car des deux maris, le jaloux, Que s’en aillent vos jeux, vos ris Vers cette bergère : Versailles, C’était non le roi, mais Paris. Semblant dans le gazon chercher De Gygès la bague perdue Vous vous promeniez entre amies, Respirant un peu, en cachette. Un amant, il l’eût pardonné ; Mais pareils jeux de pensionnaires Ne les peut comprendre un mari. Avouez, Marie-Antoinette, (Et bien qu’en public je sois prêt À soutenir tout le contraire), Que ces prétextes de main-chaude, Les parties de saute-mouton, Étaient un peu moins innocentes Que jeux d’agneaux venant de naître. Un beau jour le mari jaloux, Pour venir à bout de sa reine Demande l’aide du docteur. Elle se morfond et lamente Dans l’humiliante prison, Dans cette chemise de nuit Juste laissant libre la tête. Vous n’êtes au bout de vos peines, Marie-Antoinette, sachez Que ne vous seront inutiles Aucun des jeux que vous apprîtes. Puisqu’ils sont bel et bien partis Les jours des rubans aux paniers, Passez la tête à la lucarne Où l’on voit le prince Charmant. Et que nulle arrière-pensée Ne gâche l’ultime partie De saute-mouton, de main-chaude : Bientôt votre main sera froide. Des perles de votre collier Gygès suivra le pointillé, Car à ce mince col de cygne La bague de Gygès suffit Pour escamoter votre tête. Du saute-mouton en public Clandestines sœurs, vos amours, En serait-ce le souvenir, Ou le roulement des tambours (Trapèze !) au moment du péril Qui vous fait peur, ô débutante ? Mais, tressé pour des bergeries Moins sanglantes, de ce panier Bien que de rubans défleuri Vous rassure la vue. À tort. Plus la peine de vous cacher Parmi les arbres de Versailles, Mon bel arbuste foudroyé, Au bout du plaisir, qui, d’un jet Peu féminin, jusques au ciel Lancez oiseau et sève mièvres. C’est le coup de foudre, dit-on. Soyez plus farouche, ma reine, Et pour lucidement goûter La pomme d’amour que vous offre La mort, oui le prince Charmant, Refusez que l’on vous endorme. Déjà la vie est long sommeil Sous les pommiers au bois dormant, Et ses songes font dire à l’homme Qu’il ne dort pas. Nous crûmes vivre, Éternité ! Heureusement Que de toi la mort nous délivre.
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