Poème
Le Prisonnier des mers
par Raymond RADIGUET
Le mousse mis en quarantaine, Sa mère des terres lointaines Lui fait parvenir des albums Indéchirables, et son cœur Ne pourrait pas en dire autant. C’est le décor des scarlatines ; On s’y promène sans bouger, Toujours en chemise de nuit, Aussi longue que les journées. Au théâtre des scarlatines Où meurt le prisonnier des mers, Jamais on ne boit ni ne mange, C’est l’apprentissage des anges. Son apprentissage fini, Le prisonnier des mers s’évade, Il grimpe tout en haut du mât. Mais les marins ont des fusils, Oiseau de mer, ange lourdaud, Une âme retombe dans l’eau. Parmi, vagues, vos blancs soucis De pigeons avant le voyage. Moi je tire à la courte paille, Pour savoir laquelle de vous S’en ira prévenir la mère.
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