Poème
Le quartier des Halles
par Bernard DIMEY
Je ne reviendrai plus dans le quartier des Halles. Mes diables sont partis, pour Dieu sait quel enfer... Les touristes ont marché sur les derniers pétales De nos derniers bouquets, on ne peut rien y faire. Je ne suis pas client pour les pèlerinages. Bien le bonjour chez vous ! Je ne reviendrai plus, J’emporte mes souv’nirs avec le paysage, Le passé dans ma poche et mon mouchoir dessus. Lèvres couleur de sang et du velours aux chasses, La belle sans merci fumaille en rêvassant. Au pas lent des années j’étais celui qui passe, Mais de Sainte Apolline au Squar’ des Innocents On ne me verra plus jamais traîner mes guêtres Au gré des muscadets de quatre heur’s du matin Avec mon cinéma tout vivant dans ma tête Et l’étincelle froide au regard des tapins. J’allais déambuler... je croisais des fantômes, Tire-laine en ribote ou pendus décrochés, Et ça tourbillonnait autour des jolies mômes Maculées de sang frais par les garçons bouchers. Les camions de lilas s’ouvraient en avalanches Et tout autour de moi l’air sentait le printemps. En des temps très anciens, Saint-Eustache était blanche. Là-bas j’étais chez moi, bien peinard, et pourtant On ne me verra plus dans le quartier des Halles, Ce qui peut s’y passer ne m’intéresse plus... Les temps sont accomplis, à nous de fair’ la malle, Je ne suis pas client pour les regrets non plus... Adieu mes fleurs de sang, mes panthères de jeunesse, Je vais aller traîner sur les quais de Bercy. Malgré moi j’ai le coeur éclaté de tendresse, Saint-Eustache a gagné, les diables sont partis.
Commentaires (1)
Quand l'urbanisation mit à Rungis les Halles, De ce coin de Paris ne battit plus le coeur ; Telle une fleur ayant perdu tous ses pétales, Le quartier s'enfonça dans la sombre rancoeur. Tous les rats vers le Sud firent pèlerinage, Tous les chats, les cherchant, ne les trouvèrent plus. Un grand trou remplaça notre ancien paysage, Même, le ciel n'était plus pareil au-dessus. Aurait-il fallu mettre une relique en châsse ? Une ville évolue au fil du temps qui passe, On sait qu'on n'y peut rien, nous, bardes rêvassants. Bernard, tu n'allais plus dans ton quartier des Halles, De ce monde, on m'a dit que tu t'es fait la malle, Sauf un peu d'âme, à la place des Innocents.
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