Poème d’un membre
Le récit de la traversée
par prpla1Membre
Victimes de l'insouciance, Nous ressemblons aux juifs errants. Devons-nous, perdant patience, Nous comporter en conquérants? Ce sombre matin, sous la pluie Dont les gouttes semblent des pleurs, Deux braves noirs, comme la suie, Vont s'infliger d'autres douleurs. Mon frère et moi, nous faisons voile, Sans boussole et vers l'inconnu. Le ciel est gris ! pas une étoile ! Dieu seul le sait que dit l'ONU ! La houle descend et remonte. Le vent rugit sans se calmer. La faim nous jette dans la honte. Les gardes-côtes vont filmer. Nous serons livrés à la presse Si nous atteignons Miami. Et si la barque est en détresse Nous aurons Dieu pour seul ami. Un vent furieux nous fouette Changeant la pluie en martinet. Nous avons la bouche muette; Le ciel ouvre son robinet. Les voiles finalement cèdent Rien ne paraît à l'horizon. Seigneur, que tes anges nous aident ! Pardonne-nous la déraison. Sommes-nous jetés dans l'abîme ? Avons-nous quitté l'univers ? L'abandon, peut-il être un crime Qui nous poursuit jusqu'aux enfers? Ce frêle esquif à la dérive, Les avirons inopérants, Nous foulerons aucune rive Avec la houle et les courants. Voilà ! Mon frère aîné, lui, pleure Il ne voit plus rien que la mort. Il dit qu'il vendit sa demeure Hallucinant un meilleur sort. J'ai défendu le droit des autres. On m'a déclaré hors-la-loi Comme le fit Rome aux apôtres. Fuir est châtiment pour moi. Laissons agir la Providence ! Fermons les yeux pour un instant! Promettons lui la repentance Le Seigneur nous aime pourtant. Nos yeux clos trouvant l'inertie, Oubliant leur profond sommeil, S'ouvrent aux cieux qu'on remercie Car, enfin, voici le soleil ! Ainsi finit la traversée! Sur la côte des Bahamas. Une nation dispersée Ne verra plus ses fils, hélas!
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