Poème
Le Regret des joujoux
par Émile NELLIGAN
Émile Nelligan et son œuvre - Le Jardin de l'Enfance
Toujours je garde en moi la tristesse profonde Qu’y grava l’amitié d’un adorable enfant Pour qui la mort sonna le fatal olifant, Parce qu’elle était belle et gracieuse et blonde. Or, depuis je me sens muré contre le monde, Tel un prince du Nord que son Kremlin défend, Et, navré du regret dont je suis étouffant, L’Amour comme à sept ans ne verse plus son onde. Où donc a fui le jour des joujoux enfantins, Lorsque Lucile et moi jouions aux pantins Et courions tous les deux dans nos robes fripées ? La petite est montée au fond des cieux latents, Et j’ai perdu l’orgueil d’habiller ses poupées… Ah ! de franchir sitôt le portail de vingt ans !
Commentaires (1)
Olifant d’azur -------- Cor en deuil, sa peine est profonde, À l’entendre mon coeur se fend ; Lui qui jadis fut triomphant, Il se meurt, le chagrin l’inonde. Dans ce vallon, l’orage gronde, Nous tremblons, comme des enfants ; Plus personne ne se défend Contre nos assaillants immondes. Je frissonne, tel un pantin Entre les mains d’un plaisantin ; C’est la fin de mon épopée. Je ne suis plus un combattant, Car ma vigueur s’est estompée ; J’étais rempli d’espoir, pourtant.
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