Poème
Le vœu suprême
par Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Certes, ce monde est vieux, presque autant que l'enfer. Bien des siècles sont morts depuis que l'homme pleure Et qu'un âpre désir nous consume et nous leurre, Plus ardent que le feu sans fin et plus amer. Le mal est de trop vivre, et la mort est meilleure, Soit que les poings liés on se jette à la mer, Soit qu'en face du ciel, d'un oeil ferme, et sur l'heure, Foudroyé dans sa force, on tombe sous le fer. Toi, dont la vieille terre est avide, je t'aime, Brûlante effusion du brave et du martyr, Où l'âme se retrempe au moment de partir ! Ô sang mystérieux, ô splendide baptême, Puissé-je, aux cris hideux du vulgaire hébété, Entrer, ceint de ta pourpre, en mon éternité !
Commentaires (2)
L'image est très noble, Mais la pourpre est illusoire À l'instant crucial.
Roue à crépuscules ------------------------ Cette roue est âgée, presque autant que l’enfer ; Elle connaît le Nil où des reptiles pleurent, Elle comprend aussi que ce pleur n’est qu’un leurre Plus traître que le cri d’un fauve, et plus amer. La rivière est maudite, et la roue est meilleure ; Le grand cours d’eau versant ses larmes dans la mer Ne sait pas rester pur, se trouble d’heure en heure, Le craignent les marins dans leur vaisseau de fer. Ils sont remplis de crainte, ils naviguent quand même; Le marin, certains jours, se voit bien en martyr, Il veut se montrer noble au moment de partir. Or, l’eau de la rivière est impropre au baptême Et les noyades sont mauvaise ébriété, Ainsi songe, en tournant, la roue d’éternité.
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