Poème d’un membre
Les enfants de trop
par ATOSMembre
A quoi nous reconnaît-on, Nous les enfants de trop ? Les enfants du lavabo ? Qu'avons nous de particulier Nous, les enfants du caniveau ? Qu'est ce qui nous rend si différents ? On se dévoile dans nos excès, Dans nos violences, dans nos errances. On a toujours la main tendue On a pas besoin d'être bienvenus, Plus la peine, C'est bien trop tard. Il y a plein de choses qu'on ne cherchera pas, Parce qu'on sait très bien où elles sont restées Dans les entrailles de la terre, Dans les égouts, trois pieds en enfer. On remplit les espaces et les crevasses On guette les silences, On a toujours une gueule de guingois, On a toujours le cœur au bout des doigts, On a parfois envie de glisser dans les tuyaux On a souvent la peur qui nous tord les boyaux On n'est jamais à notre place On en prendra plus la peine Vous en faites pas on ne se battra pas! Nos frères sont des coucous On prendra toujours la couchette du bas. La seule vertu qu'on se concède? Celle d'avoir survécu... Le seul regret que l'on traîne comme un boulet ? Celui ne pas avoir jamais été attendu. Nous sommes les enfants de ce qui reste, Du réchauffé à jamais, On est les enfants du débarras, Du strapontin, Des enfants de gens foutre. On a des gueules cassées, nous, Les derniers nés par accident. Négligés par égarement Tolérés par des méchants. On est de trop alors... Forcément, on en fait trop. On aurait bien voulu nous faire passer. On aurait bien voulu nous décrocher. Qu'est ce qui nous a pris de nous accrocher? Quand on est pas attendu, ça sert à rien de s'incruster On aurait du lâcher l'affaire. Il est très mal venu d'insister. On a bien retenu la leçon! Alors on insistera jamais... C'est surtout à ça qu'on nous reconnaît, On vit sur la pointe des pieds. On nous a tellement dit qu'on dérangeait... Qu'on aurait mieux fait de crever au fond de l'évier... Bien oui... mais nous on avait pas les bras assez longs Pour attraper les aiguilles à tricoter. On aurait très bien su où frapper En plein cœur! Là où c'est le plus tendre, Là où on était tout entier. On est des gosses de paroles C'est pour ça qu'on nous regrette. «Puisque t'es venu.. Y a bien fallu..» On les gosses du non sang et de l'angoisse Des fins de mois, et du mouron, De l'erreur et du dépits. On est des cheveux sur toutes vos soupes. Nous sommes nés bien malgré vous. Ne faites jamais de gosses sans les vouloir! On est tout écorché quand on est un mort né. Ne finassez pas Ceux que vous n'avez pas voulu commencer! C'est de ne pas nous avoir rêvés qui est un péché... C'est moi qui vous le dit, Parole d'enfant gisant! Parole de mort vivant!
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