Poème d’un membre
Les ombres du futur
par marisolleMembre
Les ombres du futur Il fut un petit homme L’homme au lorgnon Qui inventa la voiture Citroën – on l’appelait Et comme elle plaisait bien, Il en fit faire des cents, des mille Des millions Alors l’argent rentra, rentra Tant et tant que l’appétit S’ouvrit tout grand Il pensa bien un temps Changer son nom en « Citron » C’est plus court, plus parlant.. Mais voilà que lui revinrent Des murmures malveillants : Citron ? Presse-Citron ! La rumeur courut dans ses usines Car il s’était agrandi ! La rumeur enfla et vint Aux oreilles, le titiller. Ah non ! Alors bande De péquenots ! Travaillez, prenez de la peine Et rapportez encore, encore De cet argent mignon, Qui me fait vivre si bien. Mais les péquenots ne l’entendirent Pas ainsi : Comment donc cet abruti Veut nous abrutir de travail, Sans nous payer tout notre dû ! Que nenni, mes sœurs et mes frères En grève nous nous mettrons Et gagnerons ! C’était il y a cent cinquante ans ? Mais à présent, des presse-citron Prenant exemple sur le petit homme, Abusent des péquenots, Les réduisant en esclavage, Manipulant, licenciant, Chantage, chantage, Qui ne sert plus doit dégager ! Qui ne rapporte plus doit s’effacer ! Alors, les pauvres deviennent L’ombre deux mêmes, ne sachant à Quel saint se vouer ! Mais des saints, il n’y a plus Qui vaillent la peine de les prier. Alors, l’ombre de soi-même Choisit de devenir une ombre Tout court Laissant là Pôle-Emploi, femmes Enfants, famille et quoi encore ? On les retrouve un jour Suicidés dans la nature, Sautant d’un toit N’en pouvant plus De tout ce fatras. Alors, ils paraissent dans les journaux Et quand ils deviennent Trop nombreux, Une voix s’élève, puis Deux , trois, mille Des millions peut-être Pour dire enfin : C’est assez ! Mais l’argent guette Au coin du bois Et les presse-citron ne sont Nullement d’accord De perdre quelques centimes D’euros ou de dollars. On ouvre une enquête qui dure Qui dure, des années, Des décennies Jusqu’à ce que tout un chacun Ait oublié les ombres du futur.
Commentaires (1)
Poème émouvant sur l'apostolat social ! Naturellement, le citron ne recherche jamais son intérêt, c'est ainsi que se manifeste l'amour du Créateur ! Mais Citroën, c'est humain, et il a pour passion de presser les citrons non de les offrir pour être sucés ! C'est dans l'ordre du capitalisme ! Et les fils et les petits-fils des familles qui aiment presser les citrons n'ont jamais des oreilles pour écouter un si beau chant ! Ils aiment si bien les lyres surréalistes ! Mais nous sommes arrimés au char du soleil quotidien, et le chant des roses ou de l'ivraie ne nous blesse pas l'oreille ! La belle vie n'est pas l'apanage des étoiles ! LES OMBRES DU FUTUR chantent le témoignage poétique du drame qui oppose les patrons et les ouvriers de notre temps !
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