Poème
L'Invisible lien
par Léon DIERX
L'invisible lien, partout dans la nature, Va des sens à l'esprit et des âmes aux corps ; Le choeur universel veut de la créature Le soupir des vaincus ou l'insulte des forts. L'invisible lien va des êtres aux choses, Unissant à jamais ces ennemis mortels, Qui, dans l'anxiété de leurs métamorphoses, S'observent de regards craintifs ou solennels. L'invisible lien, dans les ténèbres denses, Dans le scintillement lumineux des couleurs, Éveille les rapports et les correspondances De l'espoir au regret, et du sourire aux pleurs. L'invisible lien, des racines aux sèves, Des sèves aux parfums, et des parfums aux sons, Monte, et fait sourdre en nous les sources de nos rêves Parfois pleins de sanglots et parfois de chansons. L'invisible lien, de la terre aux étoiles, Porte le bruit des bois, des champs et de la mer, Léger comme les coeurs purs de honte et sans voiles, Profond comme les coeurs pleins des feux de l'enfer. L'invisible lien, de la mort à la vie, Fait refluer sans cesse, avec le long passé, La séculaire angoisse en notre âme assouvie Et l'amour du néant malgré tout repoussé.
Commentaires (1)
Danseuse invisible ------------ J’avance d’un pas inégal, Comme ferait une vachette ; Ma transparence me rachète, Nul ne me voit, c’est un régal. Ma danse n’a rien d’illégal Et ne se fait pas en cachette ; C’est au Caveau de la Huchette, Sous une fresque de Chagall. On y sert de fortes liqueurs Qui rendent les esprits moqueurs ; Ce n’est point l’eau d’une fontaine. Je suis sans force et sans avoir Mais je ne suis pas sans pouvoir, Mon âme en est presque certaine.
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