Poème d’un membre
Lutine
par JulienALBESSARDMembre
Dans la forêt luxuriante, Nimbée de parfums guillerets, Une lutine souriante Se cache parmi les secrets Que font les ombres allongées De braves chênes au couchant. Leurs silhouettes allégées Sont le refuge de son chant. Elle a choisi la solitude, Plutôt que de souffrir toujours Du manque d'air aux altitudes Où la transportent ses amours. Les oiseaux guettent son passage, Les jours où le ciel est obscur, Car elle rend au paysage Toute la clarté de l'azur. Son regard contient myriades D'astres au pur scintillement ; Et sont jalouses les dryades De ses yeux pleins de firmament. Quand elle emprunte une clairière, Là où se pose son pied nu Les herbes semblent en prière Sous chacun de ses pas menus. Est stupéfaite la jonquille, Et se demande le muguet : "Mais quelle est donc cette brindille Qui rend notre sous-bois si gai?" La nuit tombée elle va, nue, Prendre son bain dans un torrent, Toute la nature est émue De ce corps ruisselant d'argent. Moi, petit prince dans les cieux J'époussette chaque cratère De la lune, pour que ses yeux Puissent jouir de sa lumière. Quand je la vois, O ma vénus!, Se coucher sur son lit de mousse, Je rêve d'être l'hibiscus Près d'elle effleurant sa peau douce. A chaque fois qu'elle tremblote, Mon corps a froid comme le sien. A chaque fois qu'elle sanglote, Je fais de son chagrin le mien. Alors je sens que mon poitrail N'est plus qu'un vaste tremblement ; Que sur ses lèvres de corail Je veux déposer mon serment : Un beau serment chevaleresque Ecrit à l'encre de l'honneur ; Une promesse romanesque Signée de la main du bonheur. Je descends des voûtes célestes ; Elle tend la main d'un buisson, Afin que nos deux coeurs agrestes Refleurissent à l'unisson. Elle m'attend paupières closes Comme une belle au bois dormant ; M'invite sur ses lèvres roses A poser un baiser charmant ; Ma bouche à sa bouche collée, Et ma main étreignant sa main, Font que mon âme est étoilée Et croit à nouveau en demain. Quelle sensation exquise! Le monde est changé en brasier! Nous ferons fondre la banquise A force de nous embrasser! A ce baiser d'éternité J'entends les constellations Murmurer que la vérité Est la fille des passions...