Poème
Même féerie
par Paul VALÉRY
La lune mince verse une lueur sacrée, Comme une jupe d’un tissu d’argent léger, Sur les masses de marbre où marche et croit songer Quelque vierge de perle et de gaze nacrée. Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux De carènes de plume à demi lumineuse, Sa main cueille et dispense une rose neigeuse Dont les pétales font des cercles sur les eaux. Délicieux désert, solitude pâmée, Quand le remous de l’eau par la lune lamée Compte éternellement ses échos de cristal, Quel coeur pourrait souffrir l’inexorable charme De la nuit éclatante au firmament fatal, Sans tirer de soi-même un cri pur comme une arme?
Commentaires (2)
Planète Pierdacandra ------------ Les nobles de chez nous sont des vaches sacrées, Cette réalité surprend les étrangers ; Mais c’est un simple fait, qu’il n’ont pas à juger, C’est dans notre culture une coutume ancrée. La noblesse n’est pas une caste exécrée, Surtout celle d’ici, laquelle est sans danger ; Le peuple souverain n’y voudra rien changer, Toujours très modéré dans les lois qu’il se crée. Jamais l’égalité ne sera proclamée, Ni nos âmes jamais ne seront enflammées, Car la foule, chez nous, ne fait rien de brutal. Il ne nous convient pas de faire du vacarme, Ni de revêtir des armures de métal ; Tous nos affrontements sont des combats sans armes.
Aquaria ------ Dame de la source sacrée, Tu fais ton oeuvre sans bouger ; J’entends battre ton coeur léger Sous ta belle robe échancrée. L’eau n’est ni salée, ni sucrée, Le mouton l’aime, et le berger ; Suivant un parcours inchangé, Elle reflète une aube ocrée. La Dame n’est pas affamée Ni par nul désir enflammée ; Cet endroit, c’est son lieu natal. Quand, dans cette vallée de larmes, Viendra le jugement fatal, Elle ignorera les alarmes.
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