Poème
Palais
Vers le palais de Rosemonde au fond du Rêve Mes rêveuses pensées pieds nus vont en soirée Le palais don du roi comme un roi nu s'élève Des chairs fouettées des roses de la roseraie On voit venir au fond du jardin mes pensées Qui sourient du concert joué par les grenouilles Elles ont envie des cyprès grandes quenouilles Et le soleil miroir des roses s'est brisé Le stigmate sanglant des mains contre les vitres Quel archet mal blessé du couchant le troua La résine qui rend amer le vin de Chypre Ma bouche aux agapes d'agneau blanc l'éprouva Sur les genoux pointus du monarque adultère Sur le mai de son âge et sur son trente et un Madame Rosemonde roule avec mystère Ses petits yeux tout ronds pareils aux yeux des Huns Dame de mes pensées au cul de perle fine Dont ni perle ni cul n'égale l'orient Qui donc attendez-vous De rêveuses pensées en marche à l'Orient Mes plus belles voisines Toc toc Entrez dans l'antichambre le jour baisse La veilleuse dans l'ombre est un bijou d'or cuit Pendez vos têtes aux patères par les tresses Le ciel presque nocturne a des lueurs d'aiguilles On entra dans la salle à manger les narines Reniflaient une odeur de graisse et de graillon On eut vingt potages dont trois couleurs d'urine Et le roi prit deux oeufs pochés dans du bouillon Puis les marmitons apportèrent les viandes Des rôtis de pensées mortes dans mon cerveau Mes beaux rêves mort-nés en tranches bien saignantes Et mes souvenirs faisandés en godiveaux Or ces pensées mortes depuis des millénaires Avaient le fade goût des grands mammouths gelés Les os ou songe-creux venaient des ossuaires En danse macabre aux plis de mon cervelet Et tous ces mets criaient des choses nonpareilles Mais nom de Dieu! Ventre affamé n'a pas d'oreilles Et les convives mastiquaient à qui mieux mieux Ah! nom de Dieu! qu'ont donc crié ces entrecôtes Ces grands pâtés ces os à moelle et mirotons Langues de feu où sont-elles mes pentecôtes Pour mes pensées de tous pays de tous les temps
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Pique-nique en inframonde ------------------------------ Apollinaire en plein rêve Met sa tenue de combat ; Une tempête s'élève, Ou bien, c'est son coeur qui bat. Il descend au souterrain, Guidé par une grenouille, Mais son délire est sans frein, Son esprit part en quenouille. Reçu par la dame fine Dans sa chambre au papier gris, Il déguste une amandine, Dessert dont il est épris. Terminant par l'entrecôte, Il dit la bénédiction Pour ce jour de Pentecôte, Respectant la tradition. Toi, même en dormant, Guillaume, Tu nous épastrouilles bien ! Je crois qu'il vaut un royaume, Ton esprit rabelaisien.
Manoir des bouquinistes ---------- Nos étagères sont d’assez robuste bois, Ici, nous aimons tous cette noble matière; De livres s’est emplie notre demeure entière, Qui valent, à nos yeux, les richesse d’un Roi. Des auteurs de tout poil dorment sous notre toit, Des poètes, des fous, des chercheurs de lumière ; Plus vivront leurs écrits qu’un monument de pierre, Ils sont nos éclaireurs, en eux nous avons foi. Dans leurs rêves subtils les rimeurs nous embarquent, Point besoin, pour cela, du bâton de Plutarque ; Mais nous les révisons, le soir, entre les draps. Les livres empilés sont une architecture, Un jardin foisonnant, un parcours d’aventure ; Viens t’y perdre, lecteur, et tu le comprendras.
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