Poème
Pour veiller ce soir d'hiver
A Eric de Haulleville Pour veiller ce soir d'hiver Verse le thé, plus amer Et violent que le fer, Où est le plaisir des sages. Tu te penches sur ce thé Tu y cherches la santé Les vertus, la vérité D'une eau vive et sans nuages. Or un visage sans prix Comme de l'or dépoli Apparaît et te sourit Dans la liqueur agitée - Ce ne sont pas là tes yeux Mais d'un messager des dieux Le silence sérieux L'ombre à peine dessinée... Une confidence pure De l'adorable figure S'élève, dans un murmure Que tu ne veux écouter, - Et, sans plus d'inquiétude, Pour une moins fine étude Tu reprends ta solitude, - Tu bois le reste du thé. Va ! Détourne ton regard Des merveilles du hasard Mais tu pleureras plus tard, Homme vaniteux et vide, Ce visage qui chantait Sans le dire, le secret D'un si étrange reflet Dans ce peu de thé limpide. - Oui, tu empoignes la lyre ! Mais tu ne sais plus sourire, Et ce sonore délire Stupide nous touche peu. A ta chanson toute prête Manque une vertu secrète Pour être vraiment poète Il faut compter avec Dieu.
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L’oiseau de janvier -------- La neige tombera demain de ce ciel gris, Ou ne tombera pas, je ne sais pas encore ; Les pics reflèteront la couleur de l’aurore, Des corbeaux de la plaine on entendra les cris. Oiselles d’autrefois, dont mon coeur fut épris, Mon souvenir en vous sans doute s’évapore ; Mais lorsque se vida la boîte de Pandore, L’espérance y resta, c’est un joyau sans prix. Un frais printemps viendra reverdir la charmille, De nouveaux nids verront de nouvelles familles ; Des oisillons viendront découvrir l’univers. Notre Terre est ainsi, vieille sans être usée, C’est une aire de jeux, ce n’est pas un musée, Bien apaisantes sont les longues nuits d’hiver.
Sagesse du tripode ------------ Ce tripode est comme un renard, Sa malice nous déconcerte ; Surtout, ne le crois pas inerte, Il peut courir comme un guépard. Il te séduira par son art De commenter ses découvertes ; Emplis-le d’une absinthe verte, Cela peut le rendre bavard. Il sait toujours trouver la rime Au prédicat que tu exprimes ; Quelquefois c’est assez joli ! Surtout, n’imite pas sa ruse ; Son sens moral est aboli, Je ne lui trouve aucune excuse.
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