Poème
Que mon espoir est faible et ma raison confuse !
Œuvres poétiques - Première partie
Que mon espoir est faible et ma raison confuse ! C'est bien hors de propos, Brûlant comme je fais, que mon esprit s'amuse À chercher du repos. Les remèdes plus doux qui touchent à ma plaie Irritent ma douleur, Et je suis en fureur quand mon discours s'essaie De ruiner mon malheur. Car un si cher ennui combat ma violence, Je meurs si doucement Que pour me secourir je ferais conscience De parler seulement. Philis, dans les tourments que ta rigueur me donne, Quoique je meure à tort, Je me dirai coupable afin qu'on te pardonne L'injure de ma mort. Amour a résolu que je sois ta victime ; Mais que ta cruauté À son occasion ne fasse point de crime Qu'avecque ta beauté ! Non, mon sort est meilleur, Philis veut que je vive : Et sans compassion Ne saurait endurer qu'un déplaisir arrive À mon affection. On voit sur mon visage, animé de sa flamme, Qu'elle a de la pitié, Et ma fureur me trouble où je vois que son âme Entend mon amitié. Je sais bien que l'honneur et les lois de la vie Combattent son désir, Et que sa chasteté résiste à mon envie Avecque déplaisir. Son cœur dans cet effort sauvant son innocence, Languit pour mon sujet, Et donne ses soupirs sans doute à mon absence Plutôt qu'à son objet. Un rival me traverse ; elle qui s'en afflige Se déferait de lui, Mais la condition de ce fâcheux l'oblige De souffrir avec lui. Cet amant importun, dont elle est offensée, Pèse à son entretien, Et reconnaît assez qu'elle a dans la pensée Autre feu que le sien.
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