Poème
Sonnet à Mme S. C.
par Charles CROS
A Madame S. C. Bien que Parisienne en tous points, vous avez Conservé dans votre être un parfum bucolique, Legs immatériel des poëmes rêvés Par votre mère; ainsi votre forme s'explique. En effet, votre voix a des sons dérivés Du parler berrichon lent et mélancolique, Et tous vos mouvements, que j'ai bien observés, Me font penser à Ruth, la glaneuse biblique. De vous s'échappe un vague arome de foins mûrs. Comme ceux des lézards qui dorment sur les murs, Vos yeux pleins de soleil sont prêts à toute alerte, Et, par bonté pour ceux que ces yeux ont touchés, Sous des aspects mondains et roués, vous cachez Que vous n'aimez au fond que la campagne verte.
Commentaires (1)
----------------------- Il porte élégamment son gilet délavé ; Il longe lentement la rive bucolique Tout en se répétant des poèmes rêvés, Traditionnels sonnets que jamais l’on n’explique. En effet, chaque mot a des sens dérivés ; Tu ne les sais pas tous, scribe mélancolique, Et ton oeuvre t’échappe, on a pu l’observer ; Comme échappait leur prose aux rédacteurs bibliques. Qu’importe ! Un beau poème est doux comme un fruit mûr Et vif comme un lézard qui danse sur un mur ; Et toujours, la rivière au vogueur est ouverte. Je vois ici la rive, et ne veux la toucher, Aquatique je suis, comme un poisson caché Au coeur de la fraîcheur, au profond de l’eau verte.
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