Poème
Sonnet romain
par Jean RICHEPIN
La belle Julia languissament s'étale Sur les gradins du cirque, assise au premier rang, Sans voir l'oeil inquiet du Samnite mourant Dont la vie est pendue à son doigt de vestale. La vierge songe bien à la clameur brutale De la plèbe, au vaincu qu'un vain espoir reprend ! Elle songe, rêveuse et le coeur soupirant, Au beau prêtre de la Vénus orientale, Au Syrien frisé qui sait les chants d'amour, Et qui, le soir, marie aux sanglots du tambour Sur un rhythme voilé sa voix chaude et lascive. Et la vierge, qui sent tressaillir son sein nu, Se ferait avec joie enterrer toute vive Pour connaître par lui le mystère inconnu.
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Nef allant vers ailleurs -------------------------- La trirème voguant sur une mer étale Ne porte de rameurs dans aucun de ses rangs, Mais plus vite se meut que même un trimaran : Cela par la magie d'une jeune vestale. Elle guide la nef loin des villes brutales, Loin du stérile culte et loin des soupirants, Vers le Ponant où sont des oiseaux délirants Et (dit un vieux grimoire) une Inde Occidentale. Qui l'attend sur la rive ? Un berger fou d'amour ? Une troupe marchant au fracas du tambour ? Un fabuleux troupeau de bacchantes lascives ? Un Alexandre fier ? Un Diogène tout nu ? La vestale entretient une espérance vive : Que strictement désert soit ce monde inconnu.
Manuscrit d’une vestale --------------------------- Sur le cahier de la vestale Ne figure aucun ornement ; Ni les astres du firmament, Ni les tours de la capitale. Pas de prose sentimentale, Pas de discours pour les amants ; Car elle y inscrit seulement Des sentences fondamentales. Or, son encre n’est pas de sable Ni de sinople impérissable, Mais de gueules, comme un fruit mûr. Je vois courir sa plume vive : Un vieux poème se ravive ! J’aime la vestale d’azur.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2018/10/18/manuscrit-dune-vestale/
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