Poème
Sur la sombre minuit qu'une liqueur miellée
par Isaac HABERT
Sur la sombre minuit qu'une liqueur miellée Avait sillé mes yeux d'un paresseux sommeil, Le Songe me fit voir en funeste appareil La Mort d'un long linceul piteusement voilée. Ce songe me dura tant que l'Aube emperlée D'un éclat d'orient ramenât le soleil, Et que devers les cieux à mon triste réveil Cette prière fît mon âme désolée : " Vous dieux qui gouvernez ce monde spacieux, Recevez ma prière et les pleurs de mes yeux. Las ! s'il est ordonné que la mort à cette heure Vienne toucher ma vie, ô saintes déités, Faites en ma faveur qu'adorant les beautés De ma belle maîtresse entre ses bras je meure ! "
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La crypte aux flacons -------------------------- La sombre cave où sont les bouteilles scellées Accueille le buveur dans un demi-sommeil. Dégustant un nectar à nul autre pareil, Il croit voir les parois de lueurs constellées. Ébloui de clartés en son coeur révélées, Il lui semble baigner dans les feux du soleil ; Il pense avoir atteint le stade de l’éveil Et découvert des lois que nul n’a décelées. «Par ce ciel souterrain où vont des astres bleus, Par ce nocturne jour qui reluit à mes yeux, Je voudrais que ceci dure au moins quelques heures ; Or donc, au détriment de ma sobriété, À quelque autre flacon vous me verrez goûter, Et puis... de quelque chose, il faut bien que l’on meure. »
Lagarde et Michard ---------- Aragon fait chanter ma mémoire emmêlée Aux accents de Brassens, juste avant le sommeil ; Borges signe un sonnet à nul autre pareil Où le Temps voit tourner la voûte constellée. Par Camões les lois finement révélées Expliquent en détail le trajet du soleil ; Desnos le magicien met mon coeur en éveil, Il dit des vérités que nul n’a décelées. Eluard sait le ciel où vont des astres bleus, C’est de la poésie qui scintille à mes yeux ; Pages que je parcours, le soir, au fil des heures, Où la vie est décrite avec sobriété. À des vers d’amateurs vous je peux aussi goûter, Dont, année par année, se remplit ma demeure.
Obscur gyrovague ---------- Me voici parcourant les monts et les vallées Avec peu de pitance et guère de sommeil ; Mais le pommier parfois m’offre ses fruits vermeils, Je ne regrette point ma jeunesse en allée. Aucune vérité ne me fut révélée, Je n’ai donc le secret de rien sous le soleil ; Mais j’entends un oiseau chantant, dès son éveil, Toute sa bonne humeur, d’enthousiasme mêlée. Guide-moi sur la route, oiseau vêtu de bleu, Même vers des sommets, je ne suis pas frileux ; J’apprendrai ta chanson, marchant au long des heures. Donne-moi le secret de ta sérénité, Toi que je ne vois point rêver d’éternité Dans ce bel univers dont tu fis ta demeure.
Esprit trop calme --- Je ne pense guère Car je pense avec mes pieds Qui n'ont rien appris.
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