Poème
Torquato Tasso
par Paul VERLAINE
Le poète est un fou perdu dans l'aventure, Qui rêve sans repos de combats anciens, De fabuleux exploits sans nombre qu'il fait siens, Puis chante pour soi-même et la race future. Plus tard, indifférent aux soucis qu'il endure, Pauvreté, gloire lente, ennuis élyséens, Il se prend en les lacs d'amours patriciens, Et son prénom est comme une arrhe de torture. Mais son nom, c'est bonheur ! Ah ! qu'il souffre et jouit, Extasié le jour, halluciné la nuit Ou réciproquement, jusqu'à ce qu'il en meure ! Armide, Éléonore, ô songe, ô vérité ! Et voici qu'il est fou pour en mourir sur l'heure Et pour ressusciter dans l'immortalité !
Commentaires (2)
Dur métier --------------- Rhapsode qui à rimer s’aventure (C’est, me dit-on, un métier fort ancien) Y investit cet esprit qui est sien Et que souvent l’inspiration torture. Ainsi qu’un moine au costume de bure, De discipline il s’impose les liens ; Quand tout somnole, au soleil méridien, Il est astreint aux travaux d’écriture. Il doit veiller fort avant dans la nuit, Et sur sa table, où la chandelle luit, Bien du papier s’accumule et demeure. Mais ce labeur l’amuse, en vérité, Joyeusement sur lui glissent les heures Avant l’instant du repos mérité.
Veilleur d’inframonde .......... Aucun vivant ne s’aventure Sur ce chemin, je le sais bien ; Mais je suis là, digne gardien Du jardin des mille tortures. « Accomplir faut les Écritures » Dit un ouvrage fort ancien ; Même les châtiments, j’y tiens, Qui s’appliquent aux créatures. Je dois donc veiller dans la nuit, Celle où bien souvent rien ne luit ; Les heures passent, je demeure. Venez, chercheurs de vérité, S’il advient que votre espoir meure, C"est que vous l’aurez mérité.
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