Poème
Aux Poètes provençaux
par Auguste BRIZEUX
I S’il me vient un appel de ma terre natale, Soudain j’accours, pieux chanteur ; Ainsi parmi vos rangs, convié, je m’installe, En esprit du moins, et de cœur. II Oh ! quand l’Art réunit ses enfants magnanimes Dans un synode harmonieux. Avec des flots de vin coulent des flots de rimes : On dirait un banquet des dieux. III Ici chantons d’abord LUI, la cause des causes ; Puis les juges du Gai-Savoir, Les Dames, l’Art enfin, qui mène aux grandes choses Et les reflète en son miroir. IV Le rameau d’olivier couronnera vos têtes, Moi, je n’ai que la lande en fleurs : L’un, symbole élégant de la paix et des fêtes, L’autre, symbole des douleurs. V Unissons-les, amis ! — Les fils qui nous vont suivre De ces fleurs n’ornent plus leurs fronts ; Aucun ne redira le son qui nous enivre. Quand nous, fidèles, nous mourrons… VI Mais peut-elle mourir, la brise fraîche et douce ? L’aquilon l’emporte en son vol. Et puis elle revient légère sur la mousse : Meurt-il, le chant du rossignol ? VII Non ! tu ranimeras l’idiome sonore, Belle Provence, à son déclin ; Sur ma tombe longtemps doit soupirer encore La voix errante de Merlin. VIII Mères, tout en filant, apprenez à vos filles Les mots antiques du pays ; Dans les champs, sur les flots, prudents chefs de familles, À ce miel nourrissez vos fils. IX La langue du pays, c’est la chaîne éternelle Par qui sans effort tout se tient ; Les choses de la vie, on les apprend par elle. Par elle encore on s’en souvient. X Un mot dit en passant vous fait trouver un frère. Joyeux on s’aborde en chemin : « Vous êtes de mon bourg ! Vous connaissez ma mère ! » Et la main vient serrer la main. XI Nature, oh ! quels accords sous tes bois, sur tes plages, Pour célébrer le Roi du ciel ! L’homme aussi doit avoir mille et mille langages Dans le concert universel. — XII Sur ce thème mes vers sans fin voudraient éclore, Mais aux savants rimeurs leurs tours : Assez qu’ils aient admis sur la terre de Laure Le barde prés des troubadours.
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