Poème
De Caresme
par Clément MAROT
Cessez Acteurs d'escrire en eloquence D'armes, d'amours, de fables, et sornettes, Venez dicter soubz piteuse loquence Livres plainctifz de tristes chansonnettes: N'escripvez d'or, mais de couleurs brunettes, A celle fin que tout dueil y abonde. Car Jesuchrist l'Aigneau tout pur, et munde Pour nous tirer des Enfers detestables Endure mort horrible, et furibunde En ces sainctz jours piteux, et lamentables. Romps tes flageolz Dieu Pan par violence, Et va gemir en champestres Logettes: Laissez les Boys vous Nymphes d'excellence, Et vous rendez en Cavernes subjectes: Ne chantez plus, refrenez vos gorgettes Tous Oyselletz: trouble toy la claire Unde: Ciel noircy toy: et d'angoisse profonde, Bestes des champs par cris espouventables Faictes trembler toute la Terre ronde En ces sainctz jours piteux, et lamentables. Riches habitz de noble preference Vueillez changer Dames, et Pucellettes Aux ornemens de dolente apparence, Et resserrez vos blanches mammellettes: En temps d'Esté florissent violettes, Et en Yver seichent par tout le Monde: Donc puis qu'en vous joye, et soulas redonde Durant les jours à rire convenables, Pleurez au moins, autant noire, que blonde En ces sainctz jours piteux, et lamentables. Envoy Prince Chrestien, sans que nul te confonde, Presche chascun qu'à jeusner il se fonde Non seulement de mectz bien delectables, Mais de peché, et vice trop immunde En ces sainctz jours piteux, et lamentables.
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