Poème
De la naissance de Monseigneur le Daulphin
par Clément MAROT
Quand Neptunus puissant Dieu de la Mer Cessa d'armer Carraques, et Gallées, Les Gallicans bien le deurent aymer, Et reclamer ses grands undes sallées, Car il voulut en ces basses vallées, Rendre la Mer de la Gaule haultaine Calme, et paisible, ainsi qu'une fontaine: Et pour oster Mathelotz de souffrance, Faire nager en ceste eaue claire et saine Le beau Daulphin tant desiré en France. Nymphes des boys, pour son nom sublimer, Et estimer, sur la Mer sont allées: Si furent lors, comme on peult presumer, Sans escumer les vagues ravallées: Car les fortz Ventz eurent gorges hallées, Et ne souffloient, si non à doulce alaine: Dont Mariniers vogoient en la Mer plaine Sans craindre en rien des oraiges l'oultrance, Bien prevoyans la Paix, que leur ameine Le Beau Daulphin tant desiré en France. Monstres marins veit on lors assommer, Et consommer tempestes devallées, Si que les Nefz sans crainte d'abismer Nageoient en Mer à voilles avallées. Les grans poissons faisoient saulx, et hullées: Et les petis d'une voix fort sereine Doulcettement avecques la Sereine Chantoient au jour de sa noble naissance, Bien soit venu en la Mer souveraine Le beau Daulphin tant désiré en France. Envoy Prince Marin fuiant oeuvre villaine, Je te supply garde que la Balaine Au Celerin plus ne fasse nuisance, Affin qu'on ayme en ceste Mer mondaine Le beau Daulphin tant desiré en France.
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