Poème
Élégie
par Auguste BRIZEUX
I À HYACINTHE HUSSON Iindien, je cherche un asile Pour croire, pour aimer, pour espérer tranquille. Vois notre Europe, hélas ! du midi jusqu’au nord, Chacun triste et les yeux attachés sur son sort. Indien, est-il un asile Pour croire, pour aimer, pour espérer tranquille ? Tu croissais en chantant à l’ombre des palmiers : due n’aimais-tu ton nid comme font les ramiers ? Indien, je cherche un asile Pour croire, pour aimer, pour espérer tranquille. Ah ! biblique marchand, hypocrite brutal, L’Anglais a profané le monde oriental ! Indien, il n’est plus d’asile Pour croire, pour aimer, pour espérer tranquille. Là-bas un maître dur, sectaire demi-juif ; Ici les noirs tourments d’un monde convulsif. Indien, je cherche un asile Pour croire, pour aimer, pour espérer tranquille. II À AUGUSTE LACAUSSADE Espérons !… noble cœur, toi, mon autre Indien, Dis-moi sur tes grands monts un gîte aérien. — La virginité pure a déserté la terre ! Dans les cœurs, sur les monts, il n’est plus de mystère. — Les réseaux de liane et les sombres halliers Au nègre fugitif étaient hospitaliers. — Sous la hache et le feu s’éclaircit la liane : Pour l’homme plus d’abri, plus d’ombre pour Diane. — Parmi tous ces îlots quelque morne, un rocher Libre, d’où l’intérêt ne saurait approcher ? — Ô Breton ! tout se vend, et les bois et les pierres ; Et de tes vieux men-hîrs ils feraient des carrières. — J’ai lu qu’aux jours anciens, dans vos clairs réservoirs, Avec tranquillité nageaient des cygnes noirs. — Les beaux chanteurs sont morts ! Ah ! malheur aux plus dignes ! Poètes, il n’est plus d’asile pour les cygnes !
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