Poème
Épitaphe
par Gérard de NERVAL
Il a vécu tantôt gai comme un sansonnet, Tour à tour amoureux insoucieux et tendre, Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre. Un jour il entendit qu'à sa porte on sonnait. C'était la Mort ! Alors il la pria d'attendre Qu'il eût posé le point à son dernier sonnet ; Et puis sans s'émouvoir, il s'en alla s'étendre Au fond du coffre froid où son corps frissonnait. Il était paresseux, à ce que dit l'histoire, Il laissait trop sécher l'encre dans l'écritoire. Il voulait tout savoir mais il n'a rien connu. Et quand vint le moment où, las de cette vie, Un soir d'hiver, enfin l'âme lui fut ravie, Il s'en alla disant : " Pourquoi suis-je venu ? "
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Nef de l’ange érange ---------------------- L’ange étrange est joyeux, ainsi qu’un sansonnet, Il sourit tout le jour, sa voix est grave est tendre ; Quand il voit de la nef la voilure se tendre, Il chante au vent du Nord les chansons qu’il connaît. La nef, vers le ponant, s’éloigne sans attendre ; L’ange, à cette occasion, improvise un sonnet, Les nuages au ciel ne cessent de s’étendre, Comme des nénuphars aux tableaux de Monet. Anges de ce tonneau n’entrent point dans l’Histoire ; Nul chef-d’oeuvre ne sort de leur humble écritoire, Il ne sera jamais quelqu’un de très connu. Or, tu le vois, baignant dans sa modeste vie, Son coeur en est comblé, son âme en est ravie, Ange sans possessions, sans fief, sans revenus.
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