Poème
J'aime le verd laurier, dont l'hyver ny la glace
par Etienne JODELLE
J'aime le verd laurier, dont l'hyver ny la glace N'effacent la verdeur en tout victorieuse, Monstrant l'eternité à jamais bien heureuse Que le temps, ny la mort ne change ny efface. J'aime du hous aussi la toujours verte face, Les poignans eguillons de sa fueille espineuse : J'aime la lierre aussi, et sa branche amoureuse Qui le chesne ou le mur estroitement embrasse. J'aime bien tous ces trois, qui toujours verds ressemblent Aux pensers immorteles, qui dedans moy s'assemblent, De toy que nuict et jour idolatre, j'adore : Mais ma playe, et poincture, et le Noeu qui me serre, Est plus verte, et poignante, et plus estroit encore Que n'est le verd laurier, ny le hous, ny le lierre.
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Dans l'azur ----------- Le pluvian boréal chante au pays de glace : L'accompagne, le soir, la harpe du sorcier. La grenouille polaire arpente le glacier Ainsi que la banquise, où légère est sa trace. Dès que ce batracien montre sa verte face, Un arctique fantôme, enfourchant son coursier, L'accompagne au troquet où ils vont apprécier Un thé du Kamtchatka dans une grande tasse. En ces terres du Nord, les instants se ressemblent ; Dans les mêmes endroits, les mêmes gens s'assemblent, Disant assidûment du mal des dirigeants. Le mur de la taverne est vierge de verdure : Elle ne saurait vivre à ces températures ; Les ours dansent au loin, sous la lune d'argent.
Présence du lierre ---------- Le lierre familier qu’on taille quelquefois S’agrandit à nouveau, car il aime s’étendre ; Il est le compagnon des arbres de tout bois, Et même avec la pierre, il arrive à s’entendre. J’aime te contempler, lierre de bon aloi, Caresser du regard tes jeunes feuilles tendres Où je vois des oiseaux (bien plus bavards que moi) Qui dénigrent le chat, comme on peut s’y attendre. Ton voisin, c’est l’herbage épargné de la faux Où les noires fourmis trouvent ce qu’il leur faut, Elles dont les enfants ne vont pas à l’école. L’arbre qui porte un lierre en est d’autant plus fort : Mon grand-père, en disant cette sage parole, Savait qu’aucun jardin ne lui donnerait tort.
Hederomulus et Remhederus ---------------------------- Ils sont frères siamois, car leur tige est la même, Un dieu leur a donné de jolis noms latins ; Il boivent chaque jour la rosée du matin, Un bel oiseau leur parle, un insecte les aime Dans un été brûlant, dans un hiver extrême, Ils vivent côte à côte, heureux de leur destin ; Comme de bons buveurs en un noble festin, Ils semblent accéder aux mystères suprêmes. Lierres de nos jardins, soyez heureux chez nous Pendant le mauvais temps et pendant le temps doux, Sous l’aquilon sévère ou sous la fraîche brise. Heureux de vous offrir le mur de ma maison, Je vous vois prospérer dans toutes les saisons, Ajoutant vos couleurs à cette pierre grise.
Coq vert ------- Je me regarde dans la glace, Je suis beau, ce n’est pas sorcier ; Rien que ce regard bleu d’acier Dont nulle poule ne se lasse ! Je contemple ma verte face, Mes cuisses de vaillant coursier : Je pourrais être un officier, J’en ai la prestance et l’audace. J’ai des enfants qui me ressemblent ; Dans mon poulailler ils s’assemblent, Bien nourris par de braves gens. Seigneur de Sagesse et Verdure, Faites que mon bonheur perdure ! Et moi, je serai diligent.
Ça reverdit tous les ans.
Pierre Reverdy disait pareil ! Reverdissez-vous ? c'est vous ? oui c'est moi !
Verdeur de Maître Coq ------ Viendra l’hiver, saison de glace, Saison des malveillants sorciers ; Comme la rouille tue l’acier, L’âge tue mon corps qui se lasse. L’âge me fait perdre la face, Rien ne sert que vous m’embrassiez ; Mieux vaut que vous me délaissiez, Mon âme a perdu son audace. Dieu seul sait à quoi je ressemble ; Mes neurones se désassemblent Et mes poumons son indigents. J’accepte le sort que j’endure Puisqu’ici-bas ma voix perdure, Celle d’un rimeur diligent.