Poème
L’Oiseau libre
par Auguste BRIZEUX
Des âges primitifs dans mon cœur est resté L’amour de la nature et de la liberté. Un jeune homme et sa sœur à leur fenêtre ouverte Admiraient un oiseau qui sur la forêt verte Voletait, sautillait, chantait à pleine voix, Comme s’enivrant d’air pour la première fois. Le jeune homme semblait lui-même sous le charme, Mais sa timide sœur, essuyant une larme : « Frère, qu’avez-vous fait, ô frère sans raison ! Au sortir de son nid il entrait en prison, Et vous l’avez lancé libre par la fenêtre ! De faim il va mourir et de froid, le pauvre être. Dans sa cage il n’a plus le chanvre et le millet, L’osier garni de laine où, calme, il sommeillait ; Votre esprit oublia, rêveur, que la chouette De loin ouvre ses yeux arrondis et le guette… Ah ! voici qu’une pie au bec dur et perçant Fond sur lui ! son poitrail, hélas ! est tout en sang !… Sa plume vole, il meurt ! qu’avez-vous fait, mon frère ? — Une œuvre de pitié. Console-toi, ma chère. Son bonheur fut bien court, mais pur il l’a goûté. Le captif a joui d’un jour de liberté. »
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