Poème
Le cry du jeu de l'Empire d'Orleans
par Clément MAROT
Laissez à part voz vineulses Tavernes, Museaulx ardans, de rouge enluminez. Renjeunissez, saillez de voz Cavernes, Vieulx accropiz, par aage exanimez: Voicy les jours qui sont determinez A blasonner, à desgorger et dire: Voicy le temps, que Suppotz de l'Empire Doibvent par droit leurs coutusmes tenir: Si voulez donc passer le temps, et rire, N'y envoyez, mais pensez de venir. Harnoys, Chevaulx, Fiffres, Tabours, et Trompes, Riches habitz, et grands bragues avoir, Ce ne sont pas de l'Empire les pompes: Leurs motz, leur jeu, c'est cela qui fault veoir: Qui vouldra donc des nouvelles sçavoir, Qui ne sçaura des folies cent mille, Qui ne sçaura mainte abusion vile, Sans trop picquer, l'en ferons souvenir: Pourtant Seigneurs de ceste noble Ville, N'y envoyez, mais pensez de venir. N'ayez pas peur Dames gentes, mignonnes, Qu'en noz papiers on vous vueille coucher, Chascun sçait bien qu'estes belles, et bonnes, On ne sçauroit à vos honneurs toucher: Qui est morveulx, si se voyse moucher. Venez, venez, Sotz, Sages, Folz, et Folles, Vous Musequins, qui tenez les escolles De caqueter, faire, et entretenir, Pour bien juger, que c'est de noz parolles, N'y envoyez, mais pensez de venir. Prince le temps, et le terme s'approche, Qu'Empiriens par dessus la Bazoche Triumpheront, pour honneur maintenir: Toutes et tous, si trop fort on ne cloche, N'y envoyez, mais pensez de venir.
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