Poème d’un membre
Le Roi des Aulnes
par martineauMembre
Alors que la nuit tombe et que l’ombre s’étend un cavalier s’arrête au milieu de l’aulnaie. De près, on voit que c’est un père et son enfant et qu’au fond de leurs yeux une inquiétude naît. « Pourquoi, mon fils, te masques-tu soudain la face ? - Père, ne vois-tu pas qu’une forme s’exhume et que c’est le Roi des Aulnes prêt à la chasse ? - Allons, mon fils, il n’y a là que de la brume. - Bel enfant, dit le maître des lieux, rejoins-moi ; sous mon règne on ne fait que des jeux et des rêves... - Père, n’entends-tu pas ce que souffle le roi ? - Allons, mon fils, ce n’est que le vent qui se lève. - Bel enfant, mes deux filles sont tristes sans toi et de leurs longs cheveux sans attendre t’effleurent... - Père, je sens déjà les deux filles du roi ! - Allons, mon fils, tu ne sens là qu’un saule en pleur. » Alors que le vent souffle de plus en plus fort et que l’enfant sanglote au milieu de la nuit, le cavalier repart sans attendre l’aurore et se fraye un chemin en écartant la pluie. « Bel enfant, rejoins-nous ! il est temps de conclure. - Père ! on s’agrippe à moi ; vite, cravache encore ! » Mais le père, alarmé, a beau presser l’allure et s’enfuir au galop, le bel enfant – est mort. Le cavalier s’en veut d’être le survivant, tout en creusant l’écart entre l’aulnaie et lui. De loin, on ne voit plus qu’il étreint son enfant et qu’au fond de ses yeux plus grand-chose ne luit.
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