Poème
Marot à Monseigneur Bouchart, Docteur en Theologie
par Clément MAROT
Donne response à mon present affaire, Docte docteur. Qui t'a induict à faire Emprisonner depuis six jours en ça Ung tien amy, qui onc ne t'offensa? Et vouloir mettre en luy crainte, et terreur D'aigre justice, en disant que l'erreur Tiens de Luther? Point ne suis Lutheriste, Ne Zvinglien, et moins Anabatiste: Je suis de Dieu par son filz Jesuchrist. Je suis celluy, qui ay faict mainst escript, Dont ung seul vers on n'en sçauroit extraire, Qui à la Loy divine soit contraire. Je suis celuy, qui prends plaisir, et peine A louer Christ, et sa Mere tant pleine De grâce infuse: et pour bien l'esprouver, On le pourra par mes escriptz trouver. Brief, celluy suis, qui croit, honnore, et prise La saincte, vraie, et catholique Eglise. Aultre doctrine en moy en veulx bouter: Ma Loy est bonne. Et si ne fault doubter, Qu'à mon pouvoir ne la prise, et exaulce, Veu qu'ung Payen prise la sienne faulse. Que quiers tu donc, ô Docteur catholique? Que quiers tu donc? As tu aulcune picque Encontre moy? ou si tu prends saveur A me trister dessoubz aultruy faveur? Je croy que non: mais quelcque faulx entendre T'a faict sur moy telle rigueur estendre. Doncques refrains de ton couraige l'ire. Que pleust à Dieu, qu'ores tu peusses lire Dedans ce corps de franchise interdit, Le cueur verrois aultre qu'on ne t'a dit. A tant me tais, cher Seigneur nostre Maistre, Te suppliant, à ce coup amy m'estre. Et si pour moy à raison tu n'es mis, Fais quelcque chose au moins pour mes amys, En me rendant par une horsboutée La liberté, laquelle m'as ostée.
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