Poème d’un membre
Paroles de Narcisse - III
par martineauMembre
Alors que l’eau du lac est assoupie et pure et que le moindre souffle en menace le somme, je crains que mon reflet n’échappe à ma nature et ne devienne au fond l’esclave d’un autre homme. ? Ô toi qui m’es jumeau jusques au moindre trait et qui gardes ma pose afin qu’on nous confonde, on dirait que tes yeux m’en veulent d’être vrai et de n’avoir point bu ton essence profonde ! Que n’émerges-tu donc en réponse à ma crainte ? Abandonne l’abîme aux songes d’autres bords et marche sur sa peau sans y laisser d’empreinte, à peine quelques pas nous séparent encor. Mais sans doute sens-tu qu’aimer est un exil et ne cherches-tu guère à te mettre en danger, ô toi qui m’es jumeau jusques au moindre cil et qui gardes la pose, alors que j’ai bougé. Alors que l’eau du lac est encore assoupie et que le moindre souffle en menace le somme, je crains que mon image n’ait changé de vie et ne soit parvenue à devenir un homme.
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