Poème
Pièce 71 — Mommerie de cinq Postes d’Amour
LE PREMIER POSTE. Amour, craingnant qu’ayez abandonné Lui & son train, en eslongnant sa court, Soudainement m’ha ce paquet donné, Me commandant par le chemin plus court, Vous faire entendre, ainsi que le bruit court, Qu’il n’y aura de vous belle, n’y laide (Si ainsi est) qu’il ne laisse tout court Plorer en vain son secours, & son ayde. LE SECOND. J’ay depesché hastiuement Ce Courrier, pour tant seulement Vous aller deux petits mots dire, Que ie n’ay eu loisir d’escrire. Si lui donnez creance & foy, Comme vous voudriez faire a moy Par celuy, qui dessouz ses aelles Renge les cœurs des Damoiselles. LE TIERS. Amour, qui au vif m’ha tasté Du hault renom de voz louenges, M’ha de si loing, & tant, hasté, Que, sans craindre chemin gasté De tant de pluies, & de fanges, Et sans dormir que tout basté, Suis venu veoir voz faces d’Anges, Que ie trouuerois bien estranges, Si apres auoir tant couru, Ie n’estois de vous secouru. LE QUART. Si vous voulez, qu’Amour, ce puissant Dieu, Aye chez vous tant soit petite place : Certes il veult loger tout au milieu, Et plus hault lieu de vostre bonne grace. Si le voulez, ie vous puis dire en face, Que, nonobstant que ie sois son Courrier, Si veult il bien que tant vers vous ie face, Que ie lui serue à present de fourrier. LE CINQUIEME. Ce petit Dieu, qui s’est fait maistre Des tendres cœurs des Damoiselles, M’ha fait, ie ne say comment, naistre Un doux espoir plein d’estincelles, Que, qui court pour Dames si belles, Ne souffre trauail, n’y esmoy. S’il est vray, ie ne veux pour elles Espargner mon cheual, ny moy. [Note : Pièce d’attribution incertaine, ajoutée au recueil après la mort de l’autrice.]
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